« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 LITT KZRavensbrück 56 TU CHERCHES TOUJOURS, TU ATTENDS

 Ravensbrück, russe, 1944

 

 

 

 

TU CHERCHES TOUJOURS, TU ATTENDS
Stets suchst du etwas

Nostalgie - Heimweh

Anonyme,1942-45,russe

 

 

       revu 5.2.16

 

 

1. Tu cherches toujours, tu attends,

    Pourtant, semble-t-il, tu n’as rien perdu.

    Comme un loup affamé tu erres au loin,  

    Tu es devenu un chien sans maître.

 

2. Réfléchis, l’ami, tu as quitté ta patrie,

    Dans ce lieu étranger, ici, tu la cherches.

    Tu ne comprendras pas la petite mère Russie,

    Tu n’expieras jamais ta dette envers elle.

 

3. A l’entour, tout est étranger et plein de peine,

   Quels humains pour les quels tu n’es pas un humain ?

     Aucune fin n’est à attendre pour ta souffrance.

    Ah! homme, tu t’es choisi un mauvais moment.

 
4. Qui a une patrie, celui-là est heureux,

    Cette vérité s’est cachée de moi jusqu’ici.

    Là je sais, la patrie te nourrit et chauffe,

    Elle est une mère physique pour toi.

 

5. Prends-moi comme ton fils, mère Russie,

    Offre-moi un revoir avec toi.

    Accueille-moi de nouveau, ma belle Russie,

     Ton propre sang coule en moi.

 

6. D’or est le ciel dans notre Russie,

    Dans notre pays la mer est si bleue.

    Petite mère patrie, tu es notre Russie,

    Reprends à nouveau tes enfants.

1. Stets suchst du was, stets wartest du,

    doch hast, scheint es, nichts verloren.

    Wie ein hungriger Wolff durch die Fremde streunst du,

    bist in ihr zum herrnlosen Hund geworden.

 

2. Besinn, dich Freund, hast doch die Heimat verlassen,

    in fremden Land hier nun suchst du sie.

    Doch wirst du Mütterchen Russland nicht fassen,

    deine Schuld vor ihm sühnen wirst du nie.

 

3. Ringsum so fremd und voller Pein es ist.

    Was für Menschen, denen du ein Mensch nicht bist, 

    Kein Ende ist anzusehen für dein Leid.

    Ach Mensch, du wähltest eine schlechte Zeit.

 
4. Wer eine Heimat hat, der ist glücklich,

    diese Wahrheit verbarg sich bisher vor mir.

    Nun weiss ich, die Heimat, die nährt und wärmt dich,

    ist wie eine leibliche Mutter dir.

 

5. Als deinen Sohn nimm mich auf, Mutter Russland,

    Schenk mir ein Wiedersehen mit dir.

    Nimm mich wieder auf, mein schönes Russland,

    fliesst doch dein eigen Blut in mir.

 

6. Golden der Himmel in unsrem Russland,

    in unserm Land ist das Meer so blau.

    Mütterchen Heimat, du, unser Russland,

    nimm dein Kinder wieder auf.

 

         

                            Texte        Toska po rodnie

                          Anonyme, russe, 1944

                          traduction allemande Katrin Manichevski, p. 56

                          dans Europa im Kampf 1939-1944

                               Internationale Poesie

                               aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck

                               (Poésie internationale

                               du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck)

                               édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch

                          Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009

                          page 56

                          fr. : Yves Kéler 23.11.2014

 

         Mélodie    ne semble pas avoir été chanté

 

 

Le texte

         Le livre cité ne donne aucun commentaire au chant. Qui est son auteur : une femme ou un homme ? Car au verset 5, l’auteur écrit : «  Als deinen Sohn nimm mich – Comme ton fils prends-moi. » Si une femme écrit, elle dira plutôt « Kind - Enfant», indifféremment garçon ou fille. A la strophe 2, l’expression : « Besinn dich, Frend – Réfléchis, ami » sonne plutôt masculin, dans undialogue entre deux hommes. De même au verset 3, dernier vers, l’auteur dit : « Mensch, du wähltest dir eine schlechte Zeit – Homme, tu t’es choisi un mauvais moment. » En allemand Mensch désigne l’homme comme genre humain, incluant aussi les femmes. Mais dans l’usage courant, il est ressenti d’emblée d’abord comme masculin. C’est dans ce sens d’humain au sens marge que le mot est employé strophe 3 : « Was für Menschen, Denen du ein Mensch nicht bist – Quels humains, pour lesquels tu n’es pas un humain. »

         Le texte est anonyme, en russe. Où a-t-il été composé ? Ce n’est pas dit. C’est peut-être un texte imaginé par une femme, ou un texte d’un homme qu’une femme de Ravensbrück a conservé. Peut-être provient-il du camp des hommes de Ravensbrück, contigu à celui des femmes.

          On n’apprend rien sur la personne de l’auteur, sinon sa profonde nostalgie de sa patrie russe, envers laquelle elle/il se sent coupable de l’avoir laissée : « Doch wirst du Mütterchen Russland nicht fassen, deine Schuld vor ihm sühnen wirst du nie – Pourtant tu ne comprendras pas la petite mère Russie, tu n’expieras jamais ta faute envers elle ». La phrase est difficile en allemand, probablement tentative par le traducteur du russe de résoudre une difficulté d’expression dans l’original. Les trois dernières strophes du poème sont remplies de cette nostalgie, qui devient de plus en familière et poignante.

        Elle/il ressent l’isolement spirituel : « Ringsum so fremd und voller Pein ist es – Tout autour est étranger et plein de souffrance. » Et s’interroge : « Was für Menschenn denen du ein Mensch nicht bist – Que sont ces hommes pour lesquels tu n’es pas un humain. »

         La fin est une description idyllique et idéale de la Russie, qui n’est pas celle de Staline, mais la vieille Russie. Aune allusion au régime communiste soviétique contemporain. L’auteur n’y est manifestement pas intéressé. Il ne sait pas encore que Staline fera enfermer aux goulag de nombreux rescapés des camps allemands, sous  l’accusation de trahison, mais surtout pour faire disparaître des gens qui avaient connu la solidarité démocratique et communiste pure et désintéressée des camps. Et aussi pour faire taire des gens qui avaient remarqué, malgré leur enfermement, la grande supériorité économique et technique de l’Occident.

 

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