« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 LITT KZRavensbrück 101 russe MAINTENANT NE PAS ÊTRE TRISTE Jetzt nicht trauern

 

                            MAINTENANT NE PAS ETRE TRISTE

                                        Jetz nicht trauern

                                           Sewastopol

                                     Aleksandra Sokova
                                                1943

                                              russe

 Traduction française du texte allemand

 

1. Maintenant ne pas être triste, surtout ne pas être malheureux.

    Un jour tout devient certainement bien.

    Pourtant Sébastopol est – ce qu’on n’oublie plus jamais-

    Resté une blessure au cœur.

 

2. Là où les falaises dans la mer, comme des géants,

    Se dressent par-dessus le rivage, là tomba mon camarade,

    Mon père, mon frère, mon bien aimé aussi.

    Tant de vies finirent là.  

 

3. La femme soviétique se battit là-bas exactement

    Comme les hommes, oui, avec le même droit,  

    Des femmes se tenaient sur nos chemins du rivage,

    Et là elles tombèrent et teintèrent l’herbe de sang.

 

4. Tels furent ces jours, chauds, qui un jour deviennent légende.

    Ils serreront encore le cœur de nos enfants.

    Quelle horrible lumière, crue, tomba sur nous,

    Quelle affreuse pluie mortelle !

 

5. Les explosions tout autour, la fumée en colonnes, rendent muets,

    Les mitrailleuses hurlent,

    Et la mort danse en rond entre nous, personne ne sait

    Qui son regard dévorera pour toujours.

   

6. Oui, elle cherchait et trouvait sur notre sol beaucoup trop de gens,

    Elle les pressait, et déjà à nouveau mourait

    Un héros pour la patrie, et toi tu devais le souffrir

    Et n’avais pas le droit de fermer les yeux.

 

7. Les mains chaudes du sang des frères,

    Tu as bandé la chair béante,

    Tu as couru et couru et la mort par derrière

    Venait, aussi par devant, et d’en haut.

 

8. Ton frère blessé et ton mari baignant dans son sang,

    Quand tu te penchais sur eux

    Avec un pansement dans les mains et des larmes dans les yeux

    Et un sourire pour eux, un sourire.

 

9. Attention, ma sœur ! murmuraient souvent les camarades

    Qui étaient déjà étendus au sol : les balles sont rapides !

    Avec leurs yeux grands ouverts vers le ciel,

    Ils voyaient tout et savaient tout aussi.

 

10. Trop souvent il en va de même chez les combattants.

      Notre fille est aussi morte. Mourut avec l’œil clair.

      Et d’une peur elle ne vit rien, la mort. Ne vit qu’un sac

      Tomber à terre, avec une croix, qui était rouge.

 

11. La Crimée assiégée était en feu et fumée,

      Nous nous battîmes onze mois.

      Un sauvage combat d’aigles soulevait les montagnes, rugir les grottes,

      Et les avions jaillissaient comme des étincelles.

 

12. Qui vit encore aujourd’hui n’oubliera jamais

      Les corps morts, comment ils gisaient là. Non, ces hommes n’étaient pas morts pour rien.

      On les honorera éternellement et appellera héros,

      Nos admirables, nobles héros.

 

13. Pourtant vint l’heure terrible

      De la défaite de Sébastopol, où plus d’un cœur trembla et le soldat

      A bout de forces accepta la captivité et notre mer

      S’étrangla presque de sang.

 

14. Depuis, ton chemin est dur, rien ne te ut épargné,

      Chère sœur et amie, toi, ma chère,

      Tu dus partir prisonnière avec une blessure au cœur,

      Avec ton malheur et celui de tes amis.

 

15. Car en chacun de nous, oui, en chacun ici bat

      Tantôt l’espérance tantôt la terrible souffrance,

      Et cela nous lia sur le chemin de Sébastopol

      Jusqu’ici à Ravensbrück.

 

16. Crois-moi, aujourd’hui, juste maintenant, quelqu’un certainement

      Pense à nous qui nous a beaucoup aimés et qui

      Se tient là-bas sur notre terre et sait : je ne les de loin

      Pas encore assez vengés !

     

17. De sombres nuages se lèvent, des avions viennent en masse,

      Vengent nous et les frères morts. Quand l’orage sera passé

      L’ennemi devra enterrer l’ennemi dans sa propre terre,

      Et nous laisser l’enfer ici.

   

Traduction allemande du texte russe

 1. Jetzt nicht trauern - allein, jetzt nicht unglücklich sein

Einmal wird gewiss alles gut

Doch Sewastopol ist - was man nie mehr vergisst

Eine Wunde im Herzen geblieben.

 

2. Wo die Felsen im Meer wie Riesen so sehr

Überm Strand sich erheben dort fiel mein Genosse

Mein Vater, mein Bruder, mein Liebster sogar

Dort endeten so viele Leben.

 

3. Die sowjetische Frau schlug sich dort genau

Wie die Männer, ja gleichberechtigt

standen Frauen auf unseren Uferpfaden

und fielen auch dort und färbten das Gras mit Blut.

 

4. So sind diese Tage gewesen, die heißen, die einmal Legende werden

Noch unsern Kindern wird es das Herz bedrücken

Was für grausames, grelles Licht auf uns fiel

Welch entsetzlich tödlicher Regen.

 

5. Explosionen ringsum, Rauch in Säulen macht stumm

Es heulen Maschinengewehre

Und der Tod tanzt im Kreis zwischen uns, keiner weiß

Wen sein Blick gleich für immer verschlingt.

 

6. Ja, er suchte und fand auf unserem Land viel zu viele,

Er drückte sie fest, und schon wieder starb dann

Für die Heimat ein Held und du musstest es leiden

Und durftest die Augen nicht schließen.

 

7. Deine Hände warm von der Brüder Blut

Du hast klaffendes Fleisch verbunden

Bist gerannt und gerannt und der Tod hinterher

Kam von vorne genauso, von oben.

 

8. War dein Bruder verletzt und dein Mann lag im Blut

Und wenn du dich über sie beugtest dann

Mit einem Verband in den Händen und Tränen in den Augen und

Einem Lächeln für sie - einem Lächeln.

 

9. Achtung Schwester! flüsterten die Genossen oft

Die dann schon am Boden lagen - die Kugeln sind schnell!

Mit Augen so himmelweit aufgerissen

Sah'n sie alles und wussten auch alles.

 

10. So ist viel zu oft bei dem Kämpfer gleich

Auch unser Mädchen gestorben. Starb mit klarem Gesicht

Und von Angst sah er nichts in ihren Augen - der Tod. Sah nur eine Tasche

Zu Boden fallen mit einem Kreuz, das war rot.

 

11. Die belagerte Krim stand in Feuer und Rauch

Wir schlugen uns Monate elf

Wüster Adlerkampf war das, ließ die Berge erbeben, die Höhlen dröhnen

Und Flieger wie Funken stieben.

 

12. Wer heute noch lebt, wird sie niemals vergessen

Die toten Körper - wie sie da lagen. Nein, diese Menschen starben nicht umsonst.

Ewig wird man sie ehren und Helden nennen:

Unsere wunderbaren, edlen Helden.

 

13. Jedoch, es kam die fürchterliche Stunde

der Niederlage von Sewastopol, wo manches Herz erzitterte und der Soldat

am Ende seiner Kräfte Gefangenschaft annahm und unser Meer

am Blut sich fast verschluckte.

 

14. Seitdem ist dein Weg hart, blieb dir nichts erspart,

Liebe Schwester und Freundin, du liebe

Musst gefangen gehen mit einer Wunde im Herzen

Deinem Unglück und dem deiner Freunde.

 

15. Denn in jedem von uns, ja in jedem hier schlägt

Mal die Hoffnung mal furchtbare Qual und das

band uns zusammen auf diesem Weg von Sewastopol

Hierher nach Ravensbrück.

 

16. Glaub mir, heut, grade jetzt, denkt an uns ganz bestimmt

Jemand der sehr uns geliebt und der

steht dort auf unserer Erde und weiß: Ich hab sie noch längst

nicht genug gerächt!

 

17. Dunkle Wolken ziehn auf, Flieger kommen zuhauf

Rächen uns und die toten Brüder. Ist der Sturm vorbei

Muss der Feind auch den Feind in der eigenen Erde begraben und wir

Verlassen die Hölle hier.

 

   

         Texte        Jetzt nicht trauern

                          auteur : Alesandra Sokowa 1943 Russe

                          traduction de Irma Liebmann, p.

 

                      1. dans Europa im Kampf 1939-1944

                          Internationale Poesie aus dem

                          Frauenkonzentrationslager Ravensbrück, p.

                          Constanze Jeiser – Jakob David Pampuch éditeur

                          Metropol Verlag 2005 Berlin

 

                      2. dans Europa v boij, 1939-1944

                          contient les textes du 1er livre en langue originale

                          Metropol Verlag 2005 et 2009, Berlin

                          original : , p.

                          fr. : Yves Kéler 10.11.2014 Bischwiller

 

         Mélodie   

                          

 

     

 Le texte

         L’auteur décrit les combats de Sébastopol, qui fut longuement assiégé par les allemands du 30. 10.1942 au 4 Juillet 1942, soit 11 mois comme le dit la strophe 11. Les combats furent très durs, en particulier le bombardement de la ville par les avions et par les mortiers « Karl » et « Gustav », qui fit des ravages importants et réduisirent la ville est ses forts en champ de ruines. Sébastopol était la base navale principale sur la Mer noire. La posséder permettrait aux allemands d’accéder à cette mer et au Caucase. Et d’arrêter les bombardements aériens soviétiques contre les installations de pétrole en Roumanie, alliée des allemands, qui avaient déjà fait beaucoup de dégâts.

         L’auteur fait partie de ces combattants. Faite prisonnière, à Sébastopol probablement, car elle ne ite que ce seul lieu, elle fut amenée à Ravensbrück.

 Citation de « Europa im Kampf »

         Les 26/27 février 1943, 250 à 300 prisonnières de guerre soviétiques, médecins, infirmières et auxiliaires des communications de l’armée russe de Crimée, furent amenées à Ravensbrück. Précède un très dur combat pour la ville de Sébastopol, qui était assiégée depuis octobre 1941 par des troupes allemandes et roumaines. Pendant ce temps, les membres des troupes soviétiques assiégées installèrent des positions, des bunkers et des champs de mines pour défendre la ville et ses habitants.

         En juin 1942, des batailles massives eurent lieu. Plus de 100.000 s’étaient cachées dans le réseau de grottes du massif des falaises sur lequel était dressée la ville. Des unités allemandes déversèrent de l’essence dans les accès. Des milliers d’enfermés brûlèrent ou étouffèrent. La ville de Sébastopol fut totalement détruite. Pour les allemands c’était un accès dans dérangement à la Mer noire. Des dizaines de milliers de soldats soviétiques tombèrent en captivité militaire, parmi lesquels l’auteur de ce texte sur Sébastopol. L’internement de prisonnières de guerre féminines dans un KZ, comme leur emploi dans l’industrie d’armement, allait contre la Convention de Genève.

         Si l’expérience de la guerre est déjà brutale, l’expérience du camp de concentration en est une qui n’est pas de ce monde, en ce sens qu’elle installe un ordre inversé qui reste au-delà du modèle de langage à disposition. Avec l’expression « l’enfer sur la terre » (str. 17) l’auteur essaie de comprendre cette expérience. Le symbole de l’enfer signale une expérience qui au-delà de toute mesure confronte à l’étrangeté : une étrangeté dans le sens d’un lieu radicalement étranger au monde, une étrangeté envers elle-même. Cette étrangeté est vécue comme un traumatisme, comme une expérience qui a dépassé l’horizon de la compréhension. Un tel état de choc permanent s’établit que la résistance ou la fuite ne peuvent effacer la violence subie ou la mort.

         Dans ce poème, les nuages, comme symboles de la nature, et les avions comme symboles de la supériorité combattante (str. 17), exerceront la vengeance à notre place.

(op. cit. p. 104)

 

 

 

 

 

 

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