ÉPREUVE N° 43
CONSOLATION
MORT
ENTERREMENT
J’ABANDONNE A L’ESPRIT DE DIEU
Ich hab in Gottes Herz und Sinn, Pr 1648
Mélodie: Was mein Gott will, das gscheh allzeit
VIII 8f.7, 8f.7 / 7.8f, 7.8f
A. L’épeuve est nésessaire
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1. J’abandonne à l’Esprit de Dieu L’esprit, le cœur et l’âme ! Ce que je souffre en ces bas-lieux M’est un gain, que j’acclame. Je suis l’enfant Du Dieu puissant Qui a créé la terre. S’il met sur moi La lourde croix, Il est pourtant mon Père !
2. Il ne peut y avoir d’erreur : Mon Père est Dieu, il m’aime ! Et s’il me jette en ces frayeurs, C’est pour mon bien lui-même. Il veut m’aider A résister, A supporter l’épreuve. Si je tiens bon, mon Dieu est prompt A m’en donner la preuve.
3. Je ne me suis pas, moi, créé Ni formé dans ma mère ! Dieu, mon Seigneur, m’a appelé A la vie, lui mon Père. Le Créateur M’a fait un cœur, Le corps, l’esprit, une âme. Or ce qu’il fait, Moi, je le sais, Est bien : je m’en réclame !
4. Comment pourrais-je entretenir Ma vie sur cette terre ? Dieu ne me laisse pas mourir Il m’aime, il est mon Père. Car par son bras Il me rendra La vie douce et prospère, Et de sa main, Ce Dieu très saint La bénira entière.
5. En Dieu sagesse et le bon sens Se trouvent sans mesure, Et il connaît le lieu, le temps D’agir de façon sûre. Il sait quand joie Ou bien effroi Nous est à tous utile, Et ce qu’il fait Est toujours vrai, Fût-ce à l’abord hostile !
6. Tu penses, lorsque tu n’as pas Ce que ton cœur désire, Que ton bonheur pâlit déjà : Tu crains et tu soupires ! Tu vois ton sort, Tu fais l’effort De conquérir, d’atteindre Ce que tu veux, Mais tu ne peux A la fin rien étreindre.
* le Créateur sait ce qu’il faut
7. Au vrai, celui qui t’a créé Et formé pour sa gloire A de longtemps évalué Le bien, le dérisoire, Ce qui est faux Et quand il vaut Pour toi de prendre peine. Confiance en Dieu ! En chaque lieu, Il sait où il te mène !
8. Quand Dieu voudra, il te rendra La joie et l’allégresse. Après ta croix il te fera Sortir de la détresse. Reste aux aguets, Attends en paix Le retour de sa grâce. Ta peur déjà S’envolera Comme nuée qui passe. Pour rendre sa récolte. Il faut à l’homme pénurie Pour être fort et svelte ! L’aloé vert Au goût amer Te refait des joues roses ! Ainsi ta vie Par ses dépits, Reste fraîche et dispose !
C. je me remets à Dieu
10. Ainsi, je me remets, mon Dieu, À toi avec confiance. Prends-moi et fais tout pour le mieux Selon ta providence. Pour qu’à la fin Je puisse enfin En tirer avantage Et te louer Et t’exalter, Te rendre mon hommage. * sur terre et dans le ciel
11. M’accorderais-tu ton soleil, Je l’accepte avec grâce ; Mais veux-tu m’obscurcir le ciel, Je souffrirai, tenace. Et si ma vie, Dieu, se poursuit Ici sur cette terre, Je veux marcher, Je veux aller Où tu me mènes, Père.
12. Viendra la mort, et à la fin, J’irai la sombre route, Et je prendrai le bon chemin Sans hésiter, sans doute. Toi, mon Berger, Viens me chercher : Vois, ta brebis est prête Au grand repas Que tu tiendras Dans ton Royaume en fête ! Amen. (sur la dernière note)
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ICH-MOI
Philippiens 1/21
Prov. 3/12
Ps 139/ 13 - 16
ER-LUI
Esaïe 43/17 ER-LUI
Jacques 1 / 2-3, 5/7
ICH-MOI
Ps 23/ 4 /3
/1-2
/5 /6
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Ich hab in Gottes Herz und Sinn Mein Herz und Sinn ergeben: Was böse scheint, ist mir Gewinn, Der Tod selbst ist mein Leben. Ich bin ein Sohn Des, der den Thron Des Himmels aufgezogen; Ob er gleich schlägt Und Kreuz auflegt, Bleibt doch sein Herz gewogen.
Das kann mir fehlen nimmermehr, Mein Vater muss mich lieben! Wenn er mich auch gleich wirft ins Meer, So will er mich nur üben Und mein Gemüt In seiner Güt Gewöhnen fest zu stehen; Halt ich den Stand Weiss seine Hand Mich wieder zu erhöhen;
Ich bin ja von mir selber nicht Entsprungen noch formieret, Mein Gott ists, der mich zugericht’t, An Leib und Seel gezieret, Der Seelen Sitz Mit Sinn und Witz*, Den Leib mit Fleisch und Beinen: Wer so viel tut, Des Herz und Mut Kanns nimmer böse meinen. * Wissen Woher wollt ich mein Aufenthalt Auf dieser Erd erlangen? Ich wäre längsten tot und kalt Wo mich nicht Gott umfangen Mit seinem Arm, Der alles warm Gesund und fröhlich machet; Was er nicht hält, Das bricht und fällt, Was er erfreut, das lachet.
Zudem ist Weisheit und Verstand Bei ihm ohn alle Massen, Zeit, Ort und Stund ist ihm bekannt, Zu tun und auch zu lassen. Er weiss, wenn Freud, Er weiss, wenn Leid Uns, seinen Kindern diene; Und was er tut, Ist alles gut, Obs noch so traurig schiene.
Du denkest zwar, wenn du nicht hast, Was Fleisch und Blut begehret, Als sei mit einer grossen Last Dein Glück und Heil beschweret, Hast spät und früh Viel Sorg und Müh, An deinen Wunsch zu kommen, Und denkest nicht, Dass, was geschicht, Gescheh zu deinem Frommen.
*
Fürwahr, der dich geschaffen hat Und sich zur Ehr erbauet, Der hat schon längst in seinem Rat Ersehen und beschauet Aus wahrer Treu, Was dienlich sei Dir und den deinen alle*; Lass ihm doch zu, Dass er nur tu Das, was ihm wohlgefalle. * = allen : attraction
Wanns Gott gefällt, so kanns nicht sein, Er wird dich letzt* erfreuen: Was du jetzt nennest Kreuz und Pein, Wird dir zum Trost gedeihen; Wart in Geduld: Die Gnad und Huld Wird sich doch endlich finden; All Angst und Qual Wird auf einmal Gleichwie ein Dampf verschwinden. * zuletzt
Das Feld kann ohne Ungestüm Gar keine Früchte tragen: So fällt auch Menschenwohlfahrt üm* Bei lauter guten Tagen. Die Aloe Bringt bittres Weh, Macht gleichwohl rote Wangen: So muss ein Herz Durch Angst und Schmerz Zu seinem Heil gelangen. * = um : attraction de la rime de « -stüm Ei nun, mein Gott, so fall ich dir Getrost in deine Hände; Nimm mich und mach es du mit mir Bis an mein letztes Ende Wie du wohl weisst, Dass meinem Geist Dadurch sein Nutz entstehe Und deine Ehr Je mehr und mehr Sich in ihr selbst erhöhe.
Willst du mir geben Sonnenschein, So nehm ich’s an mit Freuden, Solls aber Kreuz und Unglück sein, Will ich’s geduldig leiden. Soll mir allhier Des Lebens Tür Noch ferner offen stehen: Wie du mich führst Und führen wirst, So will ich gern mitgehen.
Soll ich denn auch des Todes Weg Und finstre Strassen reisen: Wohlan, so tret ich Bahn und Steg Den mir dein Augen weisen. Du bist mein Hirt, Der alles wird Zu solchem Ende kehren, Dass ich einmal In deinem Saal Dich ewig möge ehren. |
Texte :
Ich hab in Gottes Herz und Sinn
Paul Gerhardt 1648
CrSi 217/73
RA 439, 8 str. ; EKG 489, 9 str. ; EG deest,
fr. : Yves Kéler 6.9.2007
Mélodie :
Was mein Gott will, das gscheh allzeit 1529, 1624
Claudin de Sermisy 1495-1562
RA 439, EKG 489, EG 364
fr. : Le Fils de Dieu, ce bon berger LP 138
Tu nous aimas, ô bon berger NCTC 185, ARC 457, ALL33/03
Traduction littérale de quelques passages :
Paul Gerhardt a de nombreuses formulations qu’il est très difficile de traduire en vers. Voici la traduction littérale en prose de deux exemples :
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str 2 : Wenn er mich auch gleich wirft ins Meer,* So will er mich nur üben Und mein Gemüt In seiner Güt Gewöhnen fest zu stehen :
str 4: Ich wäre längsten tot und kalt
Wo mich nicht Gott umfangen Mit seinem Arm, Der alles warm Gesund und fröhlich machet : |
Et même s’il me jette à la mer,* C’est qu’il veut m’exercer Et habituer mon esprit, Dans sa bonté, A rester ferme. *Allusion à Jonas 1/12-16
Je serais depuis longtemps mort et froid, Si Dieu ne m’avait entouré De son bras Qui réchauffe toute chose Et la rend joyeuse. |
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Le texte
Le texte de ce chant reprend les thèmes classiques de l’acceptation de la souffrance, comme une épreuve que Dieu envoie pour notre bien. La souffrance n’est pas tellement une affaire du Diable, dont Gerhardt ne parle pas ici, alors qu’il le fait dans d’autres chants, qu’une situation normale de l’être humain, qui doit s’en accommoder. Mais comme la source du mal est aussi en Dieu, il faut prier ce dernier de l’amoindrir. De là la méditation à la fois anxieuse et rassurée de Gerhardt. S’il y a une souffrance inéluctable, il y a aussi un Dieu de grâce, plus fort que la souffrance.
Le texte se découpe en trois grandes parties :
A. la souffrance fait partie de la vie chrétienne str. 1-4
B. Dieu est sage str. 5-9
C. Je me remets donc à Dieu str. 10-12
L’organisation par paires de strophes subdivise ces parties en unités de sens.
Quelques belles images, comme à la strophe 2 : « Das kann mir fehlen nimmermehr, mein Vater muss mich lieben ! – Cela ne peut pas m’échapper, Mon Père doit m’aimer ! » Ou encore, à la strophe 3 : « Je ne me suis pas, moi, créé, Ni formé dans ma mère », qui reprend le Psaume 139.
Dieu, le guérisseur, et Jésus, le médecin et le pharmacien
La strophe 9 est une réflexion sur la nécessité des choses qu’on trouve mauvaises : le champ a besoin de l’intempérie pour mûrir, l’homme de manger peu pour rester sain et svelte. Avec une image tirée de la pharmacopée : « Die Aloe Macht bittres Weh, Macht gleichwohl rote Wangen – L’aloé produit une douleur amère, Fait pourtant des joues rouges. » L’aloé, ou aloès, est un médicament tiré de la plante du même nom et de couleur verte, et qui a un goût amer. Il agit sur l’intestin et ses dérèglements, et rend la santé, « les joues roses. » Gerhardt en tire la leçon : si tu veux guérir de la souffrance de la maladie, il te faut passer par l’amertume de l’aloé, comme une nouvelle souffrance, pour revenir à la santé : un mal s’avère à la fin être un bien. On peut faire le rapprochement avec le vinaigre donné à Jésus sur la croix, qui est interprété dans le sens inverse : c’était du mauvais vin, aigre et étendu d’eau, « piquette » des soldats romains. Un soldat en donne à Jésus, pour atténuer sa soif. Mais l’évangile interprète cela comme une souffrance supplémentaire infligée à Jésus. Ici, un bien est compris comme un mal.
L’image du Dieu qui guérit remonte à l’Ancien Testament. Le Deutéronome (32/29) dit : « Sachez que c’est moi qui blesse et qui guéris. » La thèse fondamentale est posée : Dieu est source de la vie, donc aussi de la mort, de la bonne santé, donc aussi de la maladie. Et sa guérison passe par des moyens inattendus, même sa parole : « Il envoya sa parole et les guérit » (Ps. 107/20). L’A.T. contient 23 références au Dieu qui guérit. Dans le Nouveau Testament, le Christ guérit 46 fois lui-même, et plusieurs fois par le truchement de ses apôtres. Le thème est donc important dans la Bible.
L’image « pharmaceutique » de l’aloé est en rapport avec le thème du Christ-pharmacien, qui provient lui-même de celui du Christ-médecin, selon Marc 2/17 et Luc 5/31 : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. » C’est la seule allusion au titre de « médecin », à partir de laquelle on a fait passer le titre au Christ. Il y aussi la parabole du bon Samaritain, Luc 10/25-37, dans laquelle il est dit : « Il banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin .» Or le bon Samaritain a été très tôt compris comme le Christ en personne qui nous guérit, en même temps qu’il est le modèle à suivre. (voir les prédications de St Jean Chrysostome 340-398). Dans cette parabole apparaît le « médicament », huile et vin. De même dans la guérison de l’aveugle de Siloé, la boue faite de poussière et de salive du Christ devient médicament (Jean 9/6).
L’image du Christ pharmacien dans la piété provient de la France, où un manuscrit du XVIe Siècle, daté entre 1519 et 1529, conservé à Rouen, en donne la première représentation. Dans cette miniature, Adam et Ève, symbolisant toute l’humanité et les deux sexes, se tiennent devant le Christ, qui derrière un comptoir de pharmacie rédige une ordonnance. Cette thématique est passée à l’étranger, en particulier en Allemagne, où il en existe plus de 250 représentations, surtout sous la forme de tableaux dans les pharmacies des monastères et des hôpitaux qui en dépendaient. Il existe une tradition catholique et une protestante de cette iconographie, avec des variantes propres à chaque confession. Le « Musée allemand de la pharmacie », installé dans le château de Heidelberg (Rheinland-Pfalz) en possède trois. Note 1
Note 1. Deutsches Apotheken Museum, Schlosshof 1, D 69117 HEIDELBERG E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. . Littérature sur le sujet :
W.Heim und Wittop Koning, Christus als Apotheker (Christ comme pharmacien), Monographien zur pharmazeutischen Kulturgeschichte, Band 3, Govi-Verlag, Frankfurt am Main, 1974.
Fritz Krafft, Christus ruft in die Hilmmelsapotheke (Christ invite dans la pharmacie du ciel) , Begleitbuch und Katalog zur Sionderausstellung im Museum Altomünster, Heimat und Museum Verein Altomünster, 2002-2003
L’image du Christ-médecin se trouve dans le célèbre chant de Ludwig Helmbold (1532-1598) « Nun lasst Gott dem Herren », daté de 1575 (RA 334, EKG 227, EG 320). Gerhardt connaissait cette image, puisqu’il s’est inspiré de ce chant pour deux de ses cantiques « Nun lasst uns gehn und treten – Allons vers Dieu le Père » (voir N° 9), et « Wach auf, mein Herz, und singe – A Dieu, Quand tu te lèves » (voir N° 24). A la strophe 4, Helmbold écrit : : « Ein Artzt ist uns gegeben, Der selber ist das Leben : Christus, für uns gestorben, Der hat das Heil erworben – Un médecin nous est donné, qui lui-même est la vie : Christ, mort pour nous, Qui nous a acquis le salut. »
Ici chez Gerhardt, le soin donné par l’aloé n’est pas directement rattaché au Christ. Le chant est plutôt dominé par la figure du Père. La considération reste générale. Mais cette thématique d’origine biblique et patristique forme l’arrière-plan de la pensée de Gerhardt.
La résolution vient à la fin : j’échappe à cette souffrance « par le haut. » Dieu, le Berger, vient me chercher, me sort de cette vallée de larmes, et m’amène au repas final. C’est un commentaire du Psaume 23, quasi intégralement cité dans la dernière strophe, avec une échappée eschatologique.
La mélodie
Elle est du français Claudin de Sermisy 1529, qui était maître de chapelle à la cour de France. Cette mélodie, initialement d’une chanson et qui eut un grand succès en Europe, fut employée pour le cantique d’Albrecht von Preussen : « Was mein Gott will, das gscheh allzeit », qui lui a donné son nom allemand. Albrecht von Preussen, ou Albert de Prusse, était le dernier grand maître de l’Ordre des Chevaliers teutoniques, qu’on appelait simplement « les Allemands. » Prince de Brandebourg, il embrassa la Réforme avec tout son ordre, et rattacha en 1525 la Prusse, terre de l’Ordre, au Brandebourg. De là sont nés par étapes l’électorat de Brandebourg et le royaume de Prusse.
Ce chant d’Albert de Prusse, qui reprend la 3e demande du Notre Père « Que ta volonté soit faite », suit le commentaire que Luther en fait dans son catéchisme : « La volonté bonne et gracieuse de Dieu s’accomplit sans notre prière, mais nous demandons dans cette prière qu’elle s’accomplisse aussi chez nous. » Il y a une volonté incompréhensible chez Dieu, qui admet la souffrance, et en même temps une grâce bonne, qui nous applique cette volonté en vue de nous sauver. Cette double volonté de Dieu est bien ce que Gerhardt veut dire. Il emploie donc la mélodie du chant qui en parle avant lui et place sur elle son cantique. On retrouve ici le souci habituel de Gerhardt de reprendre des mélodies qui portent le thème qu’il va développer.









