MORT N° 49
ENTERREMENT
UN HÔTE SUR LA TERRE
Ich bin ein Gast auf Erden, E 1666/67
Aus dem 119. Psalm Davids – Du Psaume 119 de David
Psaume 119/19, Hébreux 11/13
Pfalzgraf (P) – Kéler
Mélodie : Herzlich tut mich verlangen
= O Haupt voll Blut und Wunden
VIII 7f.6, 7f.6 / 7f.6, 7f.6
A. SUR TERRE
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1. Un hôte sur la terre, P Voilà ma condition ! En Dieu je trouve un Père Qui m’ouvre sa maison. Ici rien ne demeure, Il n’est point de repos ; Mais Dieu me fixe une heure Qui clôt tous mes travaux.
* ce que fut ma vie
2. Que fut, dès ma jeunesse, Ma vie, que fut mon sort ? Travaux, peine et rudesse, Tracas, peur de la mort ! Des jours mauvais et sombres, De longues blanches nuits, Ont projeté leur ombre Sur mon cœur et ma vie !
3. Les vents et les tempêtes L’éclair sur mon chemin ; Les foudres sur ma tête, La maladie, la faim, La jalousie, la haine Ont assailli mon cœur Et, sans raison certaine, M’ont attiré malheur !
* les pères dans la foi : A.T.
4. Tous les anciens, de même, Dont nous suivons les pas, Portaient leurs lourds problèmes, Leur croix, jusqu’au trépas. Abraham, notre père, Dut aussi se plier, Pour voir enfin la terre Promise à l’exilé !
5. Il fut dur d’être un père Pour son fils Isaac! Jacob fonda sur terre Le peuple d’Israël. Que de pesants dilemmes, Que d’écrasants soucis Lui ont posé problème, Tel jour ou telle nuit !
* les pères dans la foi : N.T., Église
6. Souvent les saints, fidèles, Devaient changer de lieu, Chercher maison nouvelle Au loin, sous d’autres cieux, Jusqu’au jour où la tombe, S’ouvrant devant leurs corps, Les allongeait dans l’ombre, La douce paix des morts !
7. Tout comme eux je me livre Aux joies et aux douleurs ! Devrais-je, moi, mieux vivre Que tous ces précurseurs ? Il faut tenir sa place, Combattre sans faillir, Il faut franchir la passe, Quand même il faut souffrir !
8. Comme eux je veux conduire Sur terre ainsi ma vie ! Pour autant je n’aspire Pas à rester ici ; J’avance sur la route Qui me conduit vers Dieu : Il m’aime et il m’écoute, M’accueille en son saint lieu !
B. AU CIEL * la patrie céleste
9. Au ciel est ma patrie, P Là où le glorifient Les saints, ses serviteurs. Dieu garde en sa puissance Ceux qu’il a rachetés. Tout vit de sa présence Selon sa volonté.
10. C’est là seul que désire Mon cœur de s’en aller. Là-bas mon âme aspire Enfin de s’installer ! Plus long est le voyage Et moins j’y prends plaisir, Plus grand devient mon âge, Plus vif est mon désir !
* la mauvaise auberge terrestre
11. Méchante est cette auberge, Pesant ce monde dur ! Viens, Dieu, et me libère De mon cachot obscur. Oui, viens et mets un terme A tout ces errements, Prends-moi, que ta main ferme M’en sorte, simplement !
12. Ce qui fut ma demeure N’est pas ma vraie maison ! J’en sortirai sur l’heure, Quand viendra la saison ; Ce que j’ai fait sur terre Je le laisserai là, Avant ma mise en bière Et mon tombeau, là-bas !
* l’arrivée au ciel
13. Dieu, toi ma joie, ma force, P Lumière de ma vie, Fais que je voie ta face, Lorsque la mort surgit ! Quand sonnera mon heure, Sauve-moi du néant. Prends-moi dans ta demeure Auprès des vrais vivants !
14. C’est là, devant ton trône, P Que je veux habiter, Porter comme eux couronne Ne plus être étranger ! Qu’en ce beau lieu je chante Ta gloire et tes hauts faits : Plus rien ne me tourmente Dans l’éternelle paix ! |
ICH – TU
MEIN - MON
SIE - ILS
SIE - ILS
SIE – ILS
ICH - MOI
ICH - MOI
MEIN - MON
MEIN - MON
SIE - ELLE
ICH - MOI
DU - TOI
ICH - MOI
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Ich bin ein Gast auf Erden Und hab hier keinen Stand, Der Himmel soll mir werden, Da ist mein Vaterland; Hier reis ich aus und abe, Dort, in der ewgen Ruh, Ist Gottes Gnadengabe, Die schleusst all Arbeit zu.
Was ist mein ganzes Wesen, Von meiner Jugend an, Als Müh und Not gewesen? So lang ich denken kann, Hab ich so manchen Morgen, So manche liebe Nacht Mit Kummer und mit Sorgen Des Herzens zugebracht.
Mich hat auf meinen Wegen Manch harter Sturm erschreckt, Blitz, Donner, Wind und Regen Hat mir manch Angst erweckt, Verfolgung, Hass und Neiden, Ob ich’s gleich nicht verschuldt, Hab ich doch müssen leiden Und tragen mit Geduld.
So gings den lieben Alten, An derer* Fuss und Pfad Wir uns noch täglich halten, Wanns fehlt am guten Rat: Wie musste sich doch schmiegen Der Vater Abraham, Eh als ihm sein Vergnügen Und rechte Wohnstatt kam! *deren Wie manche schwere Bürde Trug Isaak, sein Sohn! Und Jakob, dessen Würde Stieg bis zum Himmelsthron, Wie musste der sich plagen, In was für Weh und Schmerz, In was für Furcht und Zagen Sank oft sein armes Herz!
Die frommen heilgen Seelen, Die gingen fort und fort Und änderten mit Quälen Den erstbewohnten Ort; Sie zogen hin und wieder, Ihr Kreuz war immer gross, Bis dass der Tod sie nieder Legt in des Grabes Schoss.
Ich habe mich ergeben In gleiches Glück und Leid: Was will ich besser leben Als solche grossen Leut? Es muss ja durchgedrungen, Es muss gelitten sein; Wer nicht hat wohl gerungen, Geht nicht zur Freud hinein.
So will ich zwar nun treiben Mein Leben durch die Welt, Doch denk ich nicht zu bleiben In diesem fremden Zelt. Ich wandre meine Strassen, Die zu der Heimat führt, Da mich ohn alle Massen Mein Vater trösten wird.
Mein Heimat ist dort droben, Da aller Engel Schar Den grossen Herrscher loben, Der alles ganz und gar In seinen Händen träget Und für und für erhält, Auch alles hebt und leget, Nach dems ihm wohlgefällt.
Zu dem steht mein Verlangen, Da wollt ich gerne hin; Die Welt bin ich durchgangen, Dass ich fast müde bin. Je länger ich hier walle, Je wen’ger find ich Lust, Die meinem Geist gefalle; Das meist ist Stank und Wust.
Die Herberg ist zu böse, Die Trübsal ist zu viel: Ach komm, mein Gott, und löse Mein Herz, wann dein Herz will; Komm, mach ein seligs Ende An meiner Wanderschaft, Und was mich kränkt, das wende Durch deinen Arm und Kraft!
Wo ich bisher gewesen, Ist nicht mein rechtes Haus; Wann mein Ziel ausgemessen, So tret ich dann hinaus, Und was ich hier gebrauchet, Das leg ich alles ab; Und wenn ich ausgehauchet, So scharrt man mich ins Grab.
Du aber, meine Freude, Du meines Lebens Licht, Du zeuchst mich, wenn ich scheide, Hin vor dein Angesicht, Ins Haus der ewgen Wonne, Da ich stets freudenvoll Gleich als die helle Sonne Nebst andern leuchten soll.
Da will ich immer wohnen, Und nicht nur als ein Gast, Bei denen, die mit Kronen Du ausgeschmücket hast; Da will ich herrlich singen Von deinem grossen Tun Und frei von schnöden Dingen In meinem Erbteil ruhn. |
Texte :
Ich bin ein Gast auf Erden
Paul Gerhardt 1666/67
CrSi 359/128, 14 strophes
RA 472, 10 str. ; EKG 326, 12 str..; EG 529, 12 str.
fr. : Georges Pfalzgraf str 1, 9, 13, 14
dans ABD 587, de 1989
Yves Kéler, str. 2, 3-8, 10-12
20.8.2007
Le texte français proposé ici est composé d’une traduction de Georges Pfalzgraf de 4 strophes, placée dans le recueil ABD Alléluia, Bénissez Dieu 1989, auxquelles j’ai ajouté la traduction des autres strophes.
Mélodie :
Herzlich tut mich verlangen
= O Haupt voll Blut und Wunden
Hans Leo Hassler 1601
RA 472, EKG 326, EG 529
fr. : Chef couvert de blessures
LP 119, RA f 7,
O douloureux visage
NCTC 200, ARC 452, ALL 33/13
Le texte
Daté de 1666, il est tardif dans l’œuvre de Gerhardt, quoiqu’on ne sache pas quand ce dernier l’a composé. En tout cas, si Gerhardt n’a peut-être pas beaucoup employé ce chant dans son ministère, puisqu’il est mort en 1676, ce cantique est devenu par la suite un des grands chants pour l’enterrement.
Le texte est une méditation de Hébreux 11/13-16 : « … étant des étrangers et voyageurs sur la terre. » Le titre même du chant, l’incipit, provient du Psaume 119/19a, d’après la traduction de Luther, qui dit « Ich bin ein Gast auf Erden », mention qui figurait dans E 1666 : « Aus dem 119. Psalm Davids – Du 119e Psaume de David. » Le thème se trouve également chez Pierre, I Pierre 2/11 : « Ich ermahne euch als Fremdlinge und Pilger - Je vous exhorte, comme étrangers et voyageurs. »
Le deuxième thème, que Gerhardt puise dans Hébreux 11, est celui de la foi, qui est en fait le centre du chapitre. La foi a été vécue de façon exemplaire par les ancêtres, entre autres les Patriarches, que la lettre va citer d’Abel à David. Gerhardt rappelle, comme la lettre, que tous ces « précurseurs » ont beaucoup souffert sur leur chemin. Il se place donc dans leur continuité, en disant qu’il souffre ce que ceux-là ont souffert, et en en citant trois nommément : Abraham, Isaac et Jacob.
le plan du chant
Le chant se divise en 2 grandes parties inégales de 8 et 6 strophes :
A. 8 strophes : 1-8 : Sur la terre, mon passé, les anciens
B. 6 strophes : 9-14 : Au ciel, ma patrie
La distribution des strophes à l’intérieur de ces 2 parties est la suivante :
A. 8 strophes : 1-8 : Sur la terre, mon passé, les anciens
1. la 1e strophe, qui donne le thème de l’étranger et voyageur, mais dont la deuxième moitié nous envoie tout de suite à la fin des temps et du chant : le Royaume de Dieu.
2. les strophes 2 et 3, qui racontent les souffrances de l’auteur, avec une conviction forte et poignante, manifestement autobiographique.
3. les strophes 4 à 6 : rappel des patriarches et des précurseurs chrétiens, les « saints fidèles », et aussi des persécutés de la Réforme chassés de leur pays. Ici on retrouve l’actualité, les persécutions féroces des catholiques contre les protestants, l’exode des Bohémiens, la Guerre de Trente ans avec ses milliers de déplacés.
4. les strophes 7 et 8 : l’auteur suit leur modèle et accepte sa vie comme elle est.
B. 6 strophes : 9-14 : Au ciel, ma patrie
5. les strophes 9 à 10 : elles expriment l’espérance du Royaume et le désir de quitter cette vie. Malgré quelques joies, que Gerhardt a rappelées à la strophe 7 : « Ich habe mich ergeben In gleiches Glück und Leid - Je me suis livré de façon égale au bonheur et à la douleur. » Le mot « gleich - égal » montre que le bonheur n’est pas plus que le malheur, et inversement. Un réel pessimisme se montre ici. Il en tire la conclusion : « Mein Heimat ist dort droben – Ma patrie est là-haut », str 9, et « Die Herberg ist zu böse – L’auberge est trop mauvaise», str 11.
6. les strophes 11 et 12 reviennent sur la « mauvaise auberge » sur terre, qui n’est pas « ma vraie maison ».
7. les strophes 13 et 14 ramènent à la joie. Le texte est un bond de joie vers Dieu : « Du aber meine Freude, Du meines Lebens Licht – Mais toi ma joie, La lumière de ma vie… » Elles ferment le chant par la proclamation : « Da will ich ewig leben – Là je veux vivre éternellement. »
L’ensemble du chant forme comme une colline qu’on franchit. Au centre, un bloc de 5 strophes sur la foi et la souffrance des anciens, et un bloc de 4 strophes sur la vraie patrie. Deux strophes préparatoires : ma souffrance terrestre passée, deux strophes finales : ma joie céleste future. L’ensemble est introduit par la strophe 1 : Je suis un hôte sur la terre. On peut représenter ceci graphiquement comme ci-dessous :
Nombre de strophes « la colline qu’on franchit »
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1 + 2 + 5 + 4 + 2 Intro- ma vie les la vraie ma vie duct. passée anciens patrie future |
1 + |
2 3 + |
4 5 6 + 7 8
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9 10 11 + 12 |
13 14
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Gerhardt parle toujours de Dieu ou à Dieu, jamais de Jésus ou à Jésus. Il reste délibérément dans l’évocation vétérotestamentaire de Hébreux 11, montrant une grande connaissance et un profond respect du texte biblique et de la théologie trinitaire. Il ne confond pas le Père et le Fils, et ne substitue pas l’un à l’autre.
La mélodie
Gerhardt a choisi la belle mélodie de Hans Leo Hassler « Herzlich tut mich verlangen – Je désire dans mon cœur » de 1601, que Christoph Knoll prit en 1611 pour son chant, et dont l’incipit a donné le nom à la mélodie. Ce chant contient la même demande que celle de Gerhardt : mourir dans la paix et la joie de Dieu, après une vie de souffrances.
Voici le texte de la 1e strophe, avec sa traduction littérale : (RA 469, EG 684)
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Herzlich tut mich verlangen Nach einem selgen End, Weil ich bin hier umfangen Mit Trübsal und Elend. Ich hab Lust abzuscheiden Von dieser argen Welt, Sehn’ mich nach ewgen Freuden: O Jesu, komm nur bald! |
Je désire en mon cœur Une fin heureuse, Car je suis ici environné D’amertume et de misère. J’ai envie de m’en aller De ce monde dur, J’aspire aux joies éternelles: O Jésus, viens donc bientôt ! |
Le thème central est le même. Gerhardt a choisi cette mélodie à cause de ce rapport, de même qu’il a choisi cette mélodie pour son « O Haupt voll Blut und Wunden – Chef couvert de sang et de blessures », parce que Knoll, dans sa deuxième strophe parle du salut par la mort et le sang du Christ : « Es hat dein Blut gekostet – cela a coûté ton sang ». Se retrouve ici ce que nous avons souvent constaté chez Gerhardt : une concordance entre le thème du texte et celui de la mélodie.