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- 10. Poèmes allemands divers
LITT F DIV J’ARRIVE ICI DU FOND DES BOIS
J’ARRIVE ICI DU FOND DES BOIS
Von drauss vom Walde komm ich her
Knecht Ruprecht
Theodor Storm
J’arrive ici du fond des bois.
Ça noëlise, chacun le voit.
Sur les sapins et sur leurs branches,
Des lumignons dorés étranges.
Et là-haut, à la porte des cieux,
L’enfant Jésus m’a vu de ses grands yeux.
Et comme je trottinais sous les hauts sapins,
Il m’a appelé d’un ton cristallin :
« Ami Robert, dit-il, mon vieil ami,
Il est temps, mets-toi en route, pardi !
Les bougies se mettent à brûler,
La porte du ciel se prend à bouger,
Jeunes et vieux vont maintenant
Laisser leur vie pressante pour un temps.
Et demain je vole vers la terre,
Faire à Noël ce que j’ai à faire. »
J’ai dit : « O bon Seigneur Jésus-Christ,
Mon voyage est bientôt accompli.
Je voulais dans cette ville voir
S’il y des enfants méchants, tout noirs. »
- As-tu ton petit sac avec toi ? »
Je répondis : « j’ai mon sac, tu le vois.
Les bons enfants mangent avec joie
Des pommes et des noix. »
-« As-tu aussi tes verges avec toi ?
Je répondis : « J’ai mes verges, tu les vois.
Mais juste pour les enfants rebelles.
Sur eux elles frappent de plus belle ! »
L’enfant Jésus me dit : « C’est bien ainsi.
Marche avec Dieu, fidèle ami. »
J’arrive ici du fond des bois.
Ça noëlise, chacun le voit.
Dites-moi : ceux que je trouve en entrant,
Sont-ce de bons ou de méchants enfants ?
Texte
Von drauss vom Walde komm ich her
Knecht Ruprecht
Theodor Storm
In Gedichte von Theodor Storm
14. Auflage, Berlin, 1904
Verlag von Gebrüder Paetel
fr. : Yves Kéler, 6.5.2014 Bischwiller
Texte original court
Von drauss vom Walde komm ich her;
Ich muss euch sagen, es weinachtet sehr!
Allüberall auf den Tannenspitzen
Sah ich goldene Lichtlein sitzen;
Und droben aus dem Himmelstor
Sah mit grossen Augen das Chritkind hervor,
und wie ich strolcht durch den finstern Tann,
Da rief’s mich mit heller Stimme an:
„Knecht Ruprecht“, rief es, „alter Gesell,
Hebe die Beine und spute dich schnell!
Die Kerzen fangen zu brennen an,
Das Himmelstor ist aufgetan,
Alt’ und Junge sollen nun
Von der Jagd des Lebens einmal ruhn:
Und morgen flieh ich hinab zur Erden,
Denn es soll wieder Weihnacht werden!“
Ich sprach:“O lieber Herre Christ,
Meine Reise fast zu Ende ist:
Ich soll nur noch in diese Stadt,
Was eitel gute Kinder hat.“
-„Hast du dein S¨cklein auch bei dir ? »
Ich sprach:“Das säcklein, das ist hier:
Denn Äpfel, Nuss und Mandelkern
Fressen fromme Kinder gern.“
- „Hast du denn die Rute auch bei dir?“
Ich sprach : „Die Rute ist hier:
Doch für die Kinder nur, die schlechten,
Die trifft sie auf den Teil, den rechten.“
Christkindlein sprach: “So ist recht;
So geh mit Gott, mein treuer Knecht!“
Von drauss vom Walde komm ich her;
Ich muss euch sagen, es weinachtet sehr!
Nun sprecht, wie ich’s hierinnen findt:
Sind’s gute Kind’, sind’s böse Kind’?
Le texte
Le texte existe en deux formes, toutes deux attribuées à Theodor Storm : une brève, donnée par l’édition citée de 1904, donnée également sur Internet, d’après laquelle j’ai fait la traduction ; une longue, trouvée sur Internet, qui ajoute un dialogue entre Ruprecht et le père des enfants.
Christkindel et Ruprecht
L’histoire de Knecht Ruprecht et du Christkindl est racontée dans le poème. Il s’agit d’une légende de Noël, typiquement germanique, qui remonte à une haute époque. L’enfant Jésus vient récompenser les enfants sages et studieux. Il est souvent représenté sous les traits d’une belle jeune fille, qui porte le nom de « Christkindel », qui est un neutre. « Kind », enfant, et son diminutif « Kindel », petit enfant, sont tous deux neutres, indépendamment du genre des personnes, mâle ou femelle. Parfois, semble-t-il, l’enfant Jésus est un beau petit garçon. Linguistiquement c’est possible, à cause du neutre pouvant aussi désigner un garçon. Christkindel représente le bien, la douceur.
Son opposé est Ruprecht, « Robert » en français, appelé « Knecht », mot qui a plusieurs sens. Il remonte à l’ancien germanique « Kneht », qui signifie « Knabe », jeune garçon, et par extension serviteur (comme en grec « païs » qui est un garçon et un serviteur) et servant militaire, « Kriegsknecht », dans le système féodal, où les seigneurs emmenaient leurs serviteurs à la guerre, paysans et autres métiers, d’où l’appellation « Landsknecht » pour les fantassins qui entouraient leur seigneur sur le champ de bataille, et plus tard les régiments d’infanterie au XVIe siècle. D’où l’anglais « knight » qui signifie « chevalier. »
Dans le cas de Ruprecht, que signifie « Knecht ? » Serviteur, accompagnateur ? Probablement, car il n’a pas de traits militaires. Mais il a un rôle à jouer. Il est l’opposé du Christkindel, le méchant, qui porte un vêtement grossier et sombre d’homme des bois, et une hotte dans laquelle il va emporter les mauvais enfants, ou bien un sac qui contient des pommes, des noix et des amandes, avec lesquels il va récompenser les bons enfants. C’est le cas ici. Ruprecht est ambivalent : d’abord courroucé, avec des verges à la main, puis adouci par les bons enfants.
Ruprecht entre le premier, faisant grand bruit, dans la pièce décorée pour Noël, avec l’arbre et les cadeaux déjà en place, et mène un interrogatoire serré des enfants, qui suit un programme précis : sont-ils de bon caractère et obéissants ? Sinon, c’est la fessée avec les verges. Sont-ils studieux, « le nez dans les livres ? » Prient-ils le soir la prière prévue ? Le père prend la défense de ses enfants, qui eux ne disent rien, de peur évidemment. Mais le trait relève la bonté du père qui intercède pour ses enfants.
Après quoi, le Christkindel entre à son tour, tout blanc et lumineux, aux cheveux blonds de préférence, tenant parfois une bougie dans la main, et félicite les enfants et leur donne ses friandises, éventuellement quelque jouet.
On ne sait pas bien à quoi remontent ces deux personnages. Ils représentent l’opposition de la nuit et du jouir, Ruprecht habitant les sombres forêts et Christkindel le ciel lumineux. Ils représentent l’opposition du bien et du mal, mais la grâce et le bien triomphent, ce qui est le message de Noël. Il s’agit probablement de références à des génies des bois sombres et à des fées des prairies claires.
Il existe une variante dans le nom de Ruprecht, qui est « Rüppelz », qui garde la radical de Ru- et modifie le -precht en « -pelz », ce qui signifie « fourrure », sous entendu d’animal féroce. On trouve cette variante en Alsace.
Variantes
Une variante de l’Alsace du Nord est le « Hans Trapp », dont le nom provient d’un seigneur brigand, qui s’appelait en fait Trotta. La famille de ses descendants, les « von Trotta », existe toujours, et plusieurs de ses membres ont occupé des postes importants en Allemagne. Le nom de Trotta a été déformé en « Tratt», puis «Trapp » dans le cycle de récits qui le concerne. Hans logeait au château du Berwarstein(Sud Palatinat), dans une vallée proche de la Lauter, qui sort du Palatinat et entre en Alsace du nord, coulant vers le Rhin et passant à Laterbourg. Il avait essayé de prendre la ville de Wissembourg, avec laquelle il avait un litige (comme avec les moines de la ville d’ailleurs), en créant un barrage sur la Lauter qui traverse cette ville. Son plan était d’accumuler de l’eau en amont et de la lâcher brutalement, créant une inondation de la ville et une rupture des herses sur la rivière. Malgré de gros dégâts, sa tentative échoua. Mais le souvenir de «Hans Trapp », le méchant a survécu : il a remplacé le Ruprecht comme accompagnateur du Christkindel dans le jeu de Noël.
La tradition du Hans Trapp en Alsace et du Christkindel en Allemagne tend à reculer devant l’invasion du Père Noël d’origine américaine, initialement inconnu dans ces pays.
Längere Form des Gedichtes
Forme plus longue du poème
Schrägschrift : längere Form
Knecht Rupprecht
von Theodor Storm
Rupprecht:
Habt guten Abend, alt und jung
bin allen wohl bekannt genung.
Von drauß vom Walde komm ich her;
ich muß Euch sagen es weihnachtet sehr!
Allüberall auf den Tannenspitzen
sah ich goldene Lichtlein sitzen;
und droben aus dem Himmelstor
sah mit großen Augen das Christkind hervor.
und wie ich so strolcht durch den finsteren Tann,
da rief's mich mit heller Stimme an:
Knecht Rupprecht, rief es alter Gesell,
hebe die Beine und spute dich schnell!
Die Kerzen fangen zu brennen an,
das Himmelstor ist aufgetan,
Alt und Junge sollen nun
von der Jagd des Lebens einmal ruhn;
und morgen flieg ich hinab zur Erden,
denn es soll wieder Weihnachten werden!
So geh denn rasch von Haus zu Haus.
such mir die guten Kinder aus,
damit ich ihrer mag gedenken
mit schönen Sachen sie mag beschenken.
Ich sprach: O lieber Herre Christ,
Meine Reise fast zu Ende ist.
Ich soll nur noch in diese Stadt,
Wo's eitel gute Kinder hat.
Hast denn das Säcklein auch bei dir?
Ich sprach: Das Säcklein, das ist hier,
Denn Äpfel, Nuß und Mandelkern
fressen fromme Kinder gern.
Hast denn die Rute auch bei dir?
Ich sprach: die Rute die ist hier.
Doch für die Kinder, nur die schlechten,
die trifft sie auf den Teil, den rechten.
Christkindlein sprach: So ist es recht.
So geh mit Gott, mein treuer Knecht!
Von drauß, vom Walde komm ich her,
Ich muß euch sagen es weihnachtet sehr!
Nun sprecht wie ich's hierinnen find:
sind's gute Kind., sind's böse Kind?
Vater:
Die Kindlein sind wohl alle gut,
haben nur mitunter was trotzigen Mut.
Rupprecht:
Ei,ei, für trotzgen Kindermut
ist meine lang Rute gut!
Heißt es bei Euch denn nicht mitunter:
Nieder den Kopf und die Hosen herunter?
Vater:
Wie einer sündigt so wird er gestraft;
die Kindlein sind schon alle brav.
Rupprecht:
Stecken sie die Nas auch tüchtig ins Buch,
lesen und schreiben und rechnen genug?
Vater:
Sie lernen mit ihrer kleinen Kraft,
wir hoffen zu Gott, daß es endlich schafft.
Rupprecht:
Beten sie denn nach altem Brauch
im Bett Ihr Abendsprüchlein auch?
Vater:
Neulich hört ich im Kämmerlein
eine kleine Stimme sprechen allein;
und als ich an die Tür getreten,
für alle Lieben hört ich sie beten.
Rupprecht:
So nehmet denn Christkindleins Gruß,
Kuchen und Äpfel, Äpfel und Nuß;
probiert einmal von seinen Gaben
morgen sollt ihr was besseres haben.
Dann kommt mit seinem Kerzenschein
Christkindlein selber zu euch herein.
Heut hält es noch am Himmel Wacht;
nun schlafet sanft, habt gute Nacht.
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Forme longue du poème En italique les vers supplémentaires
Bonsoir , les jeunes et les vieux, Vous me connaissez, tant mieux ! J’arrive ici du fond des bois. Ça noëlise, chacun le voit. Sur les sapins et sur leurs branches, Des lumignons dorés étranges. Et là-haut, à la porte des cieux, L’enfant Jésus m’a vu de ses grands yeux. Et comme je trottinais sous les hauts sapins, Il m’a appelé d’un ton cristallin :
« Ami Robert, dit-il, mon vieil ami, Il est temps, mets-toi en route, pardi ! Les bougies se mettent à brûler, La porte du ciel se prend à bouger, Jeunes et vieux vont maintenant Laisser leur vie pressante pour un temps. Et demain je vole vers la terre, Faire à Noël ce que j’ai à faire. »
Va vite de maison en maison, Cherche les enfants, les bons, Que je leur donne récompenses Auxquelles chacun pense.
J’ai dit : « O bon Seigneur Jésus-Christ, Mon voyage est bientôt accompli ! Je voudrais dans cette ville voir S’il y des enfants méchants, tout noirs. »
- As-tu ton petit sac avec toi ? » Je répondis : « J’ai mon sac, tu le vois. Les bons enfants mangent avec joie Des pommes et des noix. »
-« As-tu aussi tes verges avec toi ? Je répondis : « J’ai mes verges, tu les vois. Mais juste pour les enfants rebelles. Sur eux elles frappent de plus belle ! »
L’enfant Jésus me dit : « C’est bien ainsi. Marche avec Dieu, fidèle ami. »
J’arrive ici du fond des bois. Ça noëlise, chacun le voit. Dites-moi : ceux que je trouve en entrant, Sont-ce de bons ou de méchants enfants ?
le père
Les enfants sont en fait tous bons, Parfois un peu butés de front.
Ruprecht
Haha ! sur tous les obstinés Ma grande verge va passer ! Vous connaissez tous bien la recette : Courbez la tête et baissez la culotte !
le père
Celui qui pèche, je le punis : C’est pour cela qu’ils sont gentils.
Ruprecht
Est-ce qu’ils plongent leur nez dans les bouquins, Lisent-ils, écrivent-ils ?
le père
Ils apprennent bien, ils font de leur mieux, Nous prions Dieu qu’ils arrivent à la fin.
Ruprecht
Prient-ils aussi le soir au lit Les vieux versets de Jésus-Christ ?
le père
J’ai entendu tout récemment, Une voix, un chuchotement. Quand j’ai écouté à la porte, L’enfant priait de la sorte.
Ruprecht
Recevez de l’enfant Jésus, Des gâteaux, des noix, du jus, Et appréciez ce qu’il vous donne En recevant ces choses bonnes. Car il vient avec sa bougie Chez vous, l’enfant lui-même, ici Il est encore à la porte des cieux. Dormez, demain vous irez mieux.
Texte Theodor Storm
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Un autre chant de RuprechtLe grand Robert
Siffle au dehors un vent très froid, Qui donc nous vient du fond des bois, Tap-tap, tap-tap, dans son grand frac ? C’est grand Robert chargé d’un sac.
Et qu’est-ce qu’il y a dans ce grand sac ?
Pomme, amande et raisins secs, Des douceurs, des fleurs de sucre Mentholées, pour les bons enfants, Et pour les autres, les méchants, Pour leur derrière des triques !
Texte Draussen weht es bitterkalt Martin Boelitz 1974-1918 Fr. : Yves Kéler 27.1.2015
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Ein andres Ruprechtlied Knecht Ruprecht
Martin Boelitz 1874-1918
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