- Détails
- Camp de Ravensbrück
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KZRavensbrück, ramené d'Auschwitz |
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A PEINE L’AUBE NOUS ATTEND Nach Sonnenaufgang steht uns bevor Wymarsz - Der Ausmarsch |
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1. A peine l’aube, nous attend la marche hors d'Auschwitz 1. Nach Sonnenaufgang steht uns bevor
par tous les temps. der Marsch aus Auschwitz durch das Tor.
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Les uniformes, les SS, les gardes et les meutes, Regardent depuis longtemps là-dehors Se former les commandos vers dehors. Alors nous arrivons, mornes et gelés, Gardés par le courant des barbelés. 2. Peut commencer la farce de tous les jours. Belle se tord la fumée des fours, Les nuages se reforment, toujours nouveaux. Attention, les kapos tiennent déjà les numéros Et de fortes voix sonores crachent : « En rangs par cinq, et marche ! » Vieux, jeunes, maigres et affamés, Le tracé connu hors du camp, serrés, Le bois de nos chaussures claque, Et nous marchons mortellement calmes Vers un travail morne, sans espoir, Nous tchèques, juifs, polonais, hongrois, Creusant à mains nues la terre, Nous les sous-hommes de misère.
3. Marche, en avant! Pas de sur place, C’est en avant Que va la trace. Et boites-tu, Modifie ton pas, « Gauche », attention, Sinon tu prends un coup. Mets mal le pied, T’as pas de pot. Faut y aller, Pas effronté ! Et de nouveau Se passe un jour - Même volée, Et même coup. Et de nouveau se passe un an, Ce n’est pas vrai ! C’est vrai pourtant ! Par neige ou pluie, Va, va et va !
4. Tempête ou vent, Aveugle et sourd, Va en avant, Tais ta rancœur. Quoique tu voies, Serre le poing Tiens ta douleur T’as pas le choix. Ne te plains pas Et marche au pas, Le tambour roule, c’est ainsi, Respire fort, face de pierre Le cœur de pierre Comme un sphinx. Gauche, gauche, gauche et gauche !
5. A Dachau, Auschwitz, Gusen, Mauthausen, Tous vont au travail vers dehors. Vers l’extermination on marche, D’une misère à l’autre, à cache-cache Par les prés et les crématoires. Ça c’est votre grande victoire : Nous vivons dans la boue, la crasse : Pour vous c’est la grande classe, Et votre rêve, qui tient des années, Le transport d’esclaves, s’est réalisé ! Mais pensez que des millions Ne rêvent qu’à votre extermination. Le temps viendra, où tu vaincras, Vision d’avenir…gauche, gauche…
6. Le 3 mai vient, (le 3 mai 1791)* Un jour, tantôt. L’enfer prend fin Libres bientôt ! Il vient, le temps De nous venger De ces parcours. Bêtes ou futés, Nous briserons Vos cous butés. Le temps de notre musique vient. Au premier mai Nous dirons gais Un chant sans mots, Vous chanterez, Vous chanterez Sur notre ton Et vous paierez. Tous recevront, Tas de salauds, Chacun un coup, Chacun son coup, Pour tous nos maux, Nous vengerons - Il faut venger ! - Et sans pitié, Pour nos malheurs Seule la mort, Pour tous vos coups, Pour la douleur, La balle au cou, Couteau au cœur. Il vient le temps Pour nos douleurs, Pour notre peur, Crevez, merdeux. Pour tant d’horreur, Pour le Zyklon, Nous vous pendrons Aux cordes à nœud. Pour la fumée Des cheminées Un coup de poignard. Pour les pleurs, les plaintes, les tortures, Nous vous casserons la figure. Pour que le monde ait enfin la paix, De vous ne doit rien rester. Alors seulement, ô chant de la liberté Tu monteras à notre rythme, gauche, gauche.
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Die Uniformen, SS-Leute, einfache Leute, Wie sich Kommandos formieren nach aussen Dann kommen wir, durchfroren, matt, bewacht vom Strohm im Stacheldraht.
2. Die tägliche Farce kann schon beginnen. Wie schön sich windet der Rauch von Kaminen, Wie phatasievoll sich die Wolken gestalten Pass auf, die Kapos die Nummern schon halten. Alle zu fünft und vorwärts! Marsch! Alte und Junge, hungrig und mager, Bekannte Trasse aus dem Lager. Es klopft das Holz von unseren Schuhen, und wir marschieren in tödlicher Ruhe zu hoffnungsloser Arbeit befohlen wir Tschechen, Juden, Ungarn und Polen. Die Erde graben mit blossen Händen Wir Untermenschen aus allen Ländern.
3. Marschiere, los ! Du darfst nicht stehen weil vorwärts nur Musst du jetzt gehen. Und wenn du hinkst, ändere den Schritt, pass auf und links sonst kriegst du einen Tritt. Stellst falsch den Fuss, da hast du Pech. Denke! Du musst! Und sei nicht frech. Und wieder schon vergeht ein Tag - dieselbe Fron, derselbe Schlag. Und wieder schon vergeht ein Jahr, es kann nicht sein, es ist doch wahr! Ob Regen, Schnee, geh, geh und geh!
4. Ob Sturm und Wind sei taub und blind, und geh nach vorn, erstick’ den Zorn. Wohin du schaust, ball deine Faust, mach mit die Qual, hast keine Wahl Und klage nicht. Marschier im Takt , die Trommel ruft, so muss es sein, hole tief Luft – Gesicht aus Stein das Herz au Stein So wie die Sphinx. Links! Links! Links und links!
5. In Dachau, Auschwitz, Gusen, Mauthausen alle zur Arbeit gehen nach aussen. So zur Vernichtung muss man wandern Von einer Misere in die andere Über die Wiesen und Krematorien. Das ist doch ihre Viktorie. Wenn wir im Sclamm, im Dreck so liegen das sind doch eure grössten Siege, und euer Traum, der Jahre hält, Sklaventransporte aus aller Welt. Gedenket aber, dass Millionen Nur davon träumen, euch zu entthronen. Es kommt die Zeit, wo endlich du siegst Vision der Zukunft ... links, links...
6. Es kommt einmal auch unser Mai, (den 3. Mai 1791)* Ende der Qual, wir werden frei! Es kommt die Zeit des Rachezugs für unseren Marsch. Ob dumm, ob klug Werden wir brechen Euch das Genick. Es kommt die Zeit unserer Musik. Am ersten Mai Singen wir dabei Ein wortloses Lied, und ihr macht mit. Und ihr macht mit. Nach unserem Ton Bezahlt ihr schon. Jeder von euch, ihr Lumpensack, bekommt einen Schlag, bekommt einen Schlag. Für unsere Pein, Rache muss sein, die Rache bloss und gnadenlos. Für unsere Not Kommt nur der Tod, für eure Schläge, für den Schmerz Kugel ins Hirn, Messer ins Herz. Es kommt die Zeit Für unser Leid, für unseren Schreck krepiert ihr im Dreck. Für so viel Leid, für Zyklon, die Rache nur, Der Strick, die Schnur. Für jedes Opfer Kaminenrauch, jedem von euch Degen in Bauch. Für alles Foltern, Weinen, Klagen Werden wir euch zusammenschlagen. Damit die Welt endlich kennt Ruh’ Darf bleiben von euch keine Spur. Erst dann, Du Freiheitslied erklingst In unserem Rhythmus, links und links. |
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Texte Nach Sonnenaufgang steht uns vor Krystyna Zywulska, polonais, 1944 (voir sur internet sous ce nom) traduction allemande Kristina Zywulska dans Europa im Kampf 1939-1944 Internationale Poesie aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck (Poésie internationale du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck) édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009 page fr. : Yves Kéler 24.10.2014 Bischwiller
Mélodie poème non chanté
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Le texte
* le 3 mai et le 1er mai :
Les dates du mois de mai désignent semble-t-il deux choses différentes.
Le 3 mai est la commémoration de la constitution polonaise de 1791, la 1ère constitution déposée par écrit en Europe. Ce jour est une fête nationale en Pologne. Le commentateur du texte fait remarquer que dans l’original il est écrit : « Et notre 3 mai reviendra. » De ce fait, j’ai placé le 3 mai dans la traduction française, pour le distinguer du 1er mai, cité un peu plus bas.
Le 1er mai est la fête des travailleurs, très en honneur chez les communistes.
les 4 camps cités
A la partie 5, quatre camps de concentration sont cités : Dachau, près de Munich, Auschwitz, en Pologne, qui sont les plus connus, et deux moins connus : Mauthausen et Gusen, en Autriche.
Sous le nom de Gusen, sont compris 3 camps de prisonniers différents en Autriche supérieure, à l’est de Linz, au temps du nazisme :
Le camp de Gusen I, (Gusen/Langenstein), ouvert en 1938/40 Le camp de Gusen II (St. Georges à la Gusen/Gusen), ouvert en 1944 Le camp de Gusen III (Lungnitz), ouvert en 1944.
Sous le nom de Mathausen est désigné un camp qui entrait aussi dans le complexe de Gusen, à l’Est de Linz. Créé en mars 1938, il fut rattaché à Gusen en 1940, sous le nom de Gusen-Mathausen. En 1945, Mauthausen devint le centre administratif de tous les camps de Gusen. Le camp fut construit par des détenus venus de Dachau, et visait l’exploitation des carrières de granit, pierre très demandée en raison des constructions somptuaires lancées par Albert Speer et d’autres architectes allemands. Il fut un des plus durs et meurtriers, son but étant l’élimination de l’intelligentsia des pays occupés par les nazis.
Commentaire du livre
Citation de la page 40 du livreLe poème « Wymarsch - Chant de sortie » fut apporté d’Auschwitz à Ravensbrück. Il apparut que parmi les nombreuses détenues polonaises li avait pris le statut d’un hymne.
Maria Zerembinska, actrice polonaise et compagne de souffrances de Krystyna Zywulska, rapporte, en l’an 1945, l’effet de ce poème, qui fut proclamé comme consolation en hiver 1944 dans le bloc des malades par une visiteuse secrète: « Elle se mit sur la pointe des pieds, pour que celles qui étaient dans les lits supérieurs puissent aussi l’entendre, et commença avec une voix basse, agréable, le poème « Ausmarsch. » Et tout à coup le gris jour d’hiver s’éclaira, comme si le soleil brillait à travers les petites fenêtres du toit. Nous étions toutes très émues. L’une d’entre nous pleurait, une autre serrait passionnément le poing, toutes demandèrent unanimement le texte. Nous voulions apprendre le poème par cœur. (…) Les heures vides de l’alitement sans espoir devaient bientôt être remplies par une activité inhabituelle pour Auschwitz : l’apprentissage par cœur du poème. En ce jour pour moi mémorable, j’ai appris à connaître pour la première fois les poèmes de Krystyna Zywulska. (…) Et nous attendions ces poèmes et les considérions comme notre propriété. Qui n’a pas été battue, qui n’a pas été un numéro, qui n’a pas entendu douze heures par jour qu’elle est une « truie polonaise » et un « tas de merde », ne comprendra peut-être pas tout à fait ce qu’à l’époque les poèmes signifiaient pour nous et pourquoi nous les aimions. » (Extraits de Krystyna Zywulska, Wo vorher Birken standen (Où poussaient avant des bouleaux), Darmstadt, 1980, p. 289ss. Il s’agit de Birkenau, le « pré des bouleaux »)
Lorsque nous rencontrâmes Batsheva Dagan (qui a récité des poèmes des camps) en octobre 2004 à Berlin, afin qu’elle dise 2 ou 3 poèmes pour un CD, et que nous lui avons présenté e poème d’Auschwitz avec la question si elle l’avait connu à Auschwitz, elle fut surprise et en même temps émue de retrouver ce texte dans le petit manuscrit de Ravensbrück. Car elle connaissait non seulement le poème (sous le titre « Ausmarsch aus dem Tor » – Marche de sortie par le portail), mais elle était étroitement unie d’amitié avec Krystyna Zywulska à Birkenau. Batsheva Dagan, qui vit depuis 1945 en Israël, put, malgré les décennies passées, le réciter complètement par cœur dans sa langue maternelle polonaise, et commenta sa récitation à la fin par ces mots : « C’était comme si j’avais juste rencontré Krystyna vivante. » Op.cit. p. 40
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