« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 

LITT KZRav 31 LES NUAGES PASSENT, LE BROUILLARD NOUS ENFERME Die Wolken ziehen

 

 

KZ Ravensbrück  russe

 

 

 

 

 

LES NUAGES PASSENT, LE BROUILLARD NOUS ENFERME

Die Wolken ziehen, der Nebel schliesst uns ein

Apel - Appel

Aleksandra Sokova

1943

 russe

 

       

 


 
 1. Les nuages passent, le brouillard nous enferme

    Le vent pousse aux carreaux des fenêtres

    Et sans arrêt la pluie

    Tombe

 

2. Non. Il est interdit d’attendre

    Dehors à cinq heures. Qu’il neige

    Qu’il pleuve

    L’appel n’a pas de grâce

 

3. Le vent lève nos lamentables frusques

    Disperse l’espérance

    Qu’un jour le soleil chauffe

    Les membres gourds

   

4. Debout en rangs de dix

    La pluie fouette

    Chacun se colle à l’autre

    Comme les bêtes la nuit sur les prés

 

5. Le vent tire la robe

    Nous lançons des jurons vers le ciel.

    Trois bouts d’étoffe doivent protéger

    Du froid

   

6. Robe, chemise, culotte

    C’est la tenue des prisonnières *

    Faite pour se présenter

    Bleues de gel à l’appel

               ** masculin ou féminin en allemand

 

7. Les lèvres tendues sur

    Le claquement des dents

    Les rangs s’éclaircissent

    Comme s’il fallait faire de la place au vent.

 

8. Le faible se replie

    S’assied au sol

    Tire le bord

    De la veste sur le genou 

 

9. Un cri aigu déchire l’air

    « Attention »

    Les plus misérables sautent debout

    Comme des chiens de ferme en hiver.

 

10. C’est l’appel et

      Nous devons être silencieux

      Nous tenir en silence   (répétition : sic)

      La torture n’est pas encore à la fin.

 

11. « Présentation »est annoncé

      Pour cela chaque centième

      Doit faire un pas en avant

      Car l’allemande arrive

 

12. Elle compte à nouveau

      Aboie : «  Calmez-vous, du calme ! »

      Et nous porte comme du bétail

      Dans son registre

 

13. En même temps flotte son manteau noir

      Menaçante elle nous mesure

      Le long du rang

      Là nous ne bougeons pas

 

14. Toujours encore le vent et la pluie

      Et l’âme attend

      L’heure avec le hurlement

      De la sirène

 

15. Qui arrête l’appel.

      Nous sommes toutes mouillées

      Va maintenant au travail sans grommeler

      A l’endroit commandé

 

16. Cela trois fois par jour

    Nous nous rappellerons éternellement

    Comment nous étions debout là-bs

    Pour l’appel.

 

 

 1. Die Wolken ziehen, der Nebel schliesst uns ein

    Wind drückt ans Fensterglas

    Und ohne Unterlass der Regen

    Wart noch (Wärt ?)

 

2. Nein. Das Warten ist verboten

    Heraus um fünf. Ob’s schneit

    Ob’s regnet

    Der Appell kennt keine Gnade

 

3. Wind zaust die jämmerlichen Kleider

    Zerstäubt die Hoffnung

    Dass einmal Sonne wärmt

    Die tauben Glieder

 

4. In Zehnerreihen angestanden

    Regen peitscht

    So drückt sich einer an den andern

    Wie nachts die Tiere auf der Weide

 

5. Wind zerrt am Rock

    Ach Flüche schicken wir zum Himmel

    Drei Teilen Stoff soll’n schützen

    Vor der Kälte

 

6. Ein Kleid und Hemd und Hose

    Das ist der Anzug der Gefangenen

    Gemacht um blaugefroren

    Anzutreten zum Appel

 

 

7. Die Lippen eingezogen überm

    Zähneklappern

    Die Reihen lichten sich

    Als gält es Platz zu machen für den Wind

 

8. Wer schwach ist krümmt sich

    Hockt sich nieder

    Zieht den Saum

    Des Kleides übers Knie

   

9. Da reisst ein schrill bebrülltes

    Achtung

    Die Ärmsten hoch, sie springen auf

    Wie Hofhunde im Winter

 

10. Es ist Appell und

      Unsereins hat still zu sein

      Und still zu halten

      Die Marter ist noch nicht zu Ende

 

11. Meldung ist angesagt

      Dazu hat jeder Hundertste

      Nach vorn zu treten

      Denn nun kommt die Deutsche

 

12. Sie zählt erneut

      bellt : Ruhig, Ruhe !

      Und trägt wie gezähltes Vieh uns

      In ihr Buch ein

 

13. Dabei weht ihr schwarzer Mantel

      Drohend misst sie

      Uns der Reihe nach

      Wobei wir uns nicht rühren

 

14. Noch immer Wind und Regen

      Und die Seele harrt

      Der Stunde mit dem Heulen

      Der Sirene.

 

15. Die den Appell beschliesst.

      Wir sind ganz nass

      Zur Arbeit geh nun ohne Murren

      An befohl’nen Platz

 

16. Das alles dreimal täglich

      Ewig werden wir uns daran erinnern

      Wie wir dort standen

      Beim Appell

 

 

 

 

 

         Texte        Die Wolken ziehen, der Nebel schliesst uns ein

                          Aleksandra Sokova, russe, 1943

                          Traduction allemande Marion Titze, p. 31

                          dans Europa im Kampf 1939-1944

                               Internationale Poesie

                               aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck

                               (Poésie internationale

                               du camp de concentration pour femmes de  

                               Ravensbruck)

                               édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch

                          Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009

                          page 31

                          fr. : Yves Kéler 21.11.2014 Bischwiller

 

         Mélodie    ne semble pas avoir été chanté

 

 

        Le texte contient de ambiguïtés quant au genre de quelques mots. A la strophe 4 : « So drückt sich jeder an den andern – Ainsi chacun se colle à l’autre », se comprend comme un masculin. Alors qu’il s’agit du camp des femmes, comme le dit la strophe 11 : « Denn nun kommt die Deutsche – Car maintenant arrive l’allemande. » Il s’agit d’une des responsables des femmes SS qui commande l’appel, qui porte le manteau noir des SS. Il faudrait donc à la strophe 4 : « So drückt sich jede an die andere – Ainsi se colle chacune à l’autre. » Dans la strophe 11 également « Da zu hat jeder hundertste – Pour cela chaque centième (masculin) », au lieu de « Dazu hat jede Hundertste – Pour cela chaque centième (féminin). »

 

        A la strophe 6, la phrase « Das ist der Anzug der Gefangenen – Cela est le vêtement des prisonniers / prisonnières » ne nous aide pas, les deux genres étant possibles.

 

        Ces anomalies sont peut-être des erreurs de traduction à partir du russe. A vérifier.

    

(op. cit. p. )

 

 

 

 

Le texte

 

(Traduction du commentaire du chant, p. 34 op. cit.)

 

        Ce poème était très connu à Ravensbrück. Il thématise de façon impressionnante la station debout pour l’appel. Beaucoup de poèmes sont nés sur cet arrière-fond et furent transmis pendant ce temps.

 

        L’appel dans le camp de concentration servait à compter les prisonniers et à les répartir en commandos de travail. C’était aussi un moyen de punir collectivement un groupe ou tout un bloc. Les SS prenaient consciemment en compte la mort des prisonniers par cet instrument de punition et de torture. Les malades et les faibles devaient être debout à l’appel en toute circonstance. Toute aide était strictement interdite, de même toute protection contre les intempéries, p.ex. couvertures, vestes et papier journal, que les femmes cachaient sous leurs vêtements de détenues, ou qu’elles se procuraient en secret, pour éviter les maladies ou, quand elles n’avaient pas de chaussures, le gel des pieds au sol.

 

 

        L’appel signifiait pour les femmes du camp de concentration de Ravensbrück une torture qui revenait plusieurs fois dans la journée, souvent pendant des heures. L’appel se tenait obligatoirement à un point central de rencontre et rendait nécessaire de se distancer des souffrances corporelles et de surmonter le temps de l’interminable attente, souvent dans des conditions climatiques extrêmes.

 

        Dans le poème les responsables des tortures semblent disparaître derrière un combat en premier plan contre le vent et le temps. Dans les strophes l’ensemble du scénario est bien saisi. Le tout rappelle un théâtre, dans lequel le climat joue le rôle principal et où les exposés sont poussés à la chute. De cette action au caractère de déluge s’élève subitement une voix qui annonce « une instance puissante. » Celle-ci porte les traits d’un chien de garde ou des enfers, qui commande aux hommes rassemblés comme du bétail.

 

        La fin sonne comme le chœur dans une tragédie grecque. Peur et terreur ne se sont en rien dissipées ici, au contraire, tout reste prêt pour un éternel retour, mené par des fils invisibles, pour être à nouveau dressé puis pour s’effondrer.

    

        Quand nous rencontrâmes en avril 2004 Jefrosina Takcova, elle fut immédiatement prête à nous réciter exactement ce poème. Elle le connaît très bien. Et avant que nous nous reprîmes, elle commença à réciter par cœur les strophes. (fin de citation.)

 

 

Strophe 4 : Emploi du masculin

 

« So drückt sich einer an den andern –Ainsi se pousse l’un contre l’autre. » L’un contre l’autre est masculin, alors qu’il s’agit de femmes dans le camp. Est-ce une erreur de traduction du russe, ou bien s’agit-il d’une proposition générale ? La même tournure au masculin se trouve à la strophe 11 : « Dazu hat jeder hundertste – Pour cela chaque centième(masc). » Le commentaire du chant parle bien de « Frauen – Femmes » au 2e paragraphe.

 

Absence de rimes et de ponctuation

 

        Le texte allemand n’a ni rimes ni ponctuation. En est-il de même dans l’original russe ?

 

 


                                   QUATRAINS

 

1.

 

   

 

   

 

   

 

 

 

2.

 

   

 

   

 

   

 

 

 

3.

 

   

 

   

 

   

 

 

 

4.

 

   

 

   

 

   

 

 

 

5.

 

   

 

   

 

   

 

 

 

6.

 

   

 

   

 

   

 

 

 

7.

 

   

 

   

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

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