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- Camp de Ravensbrück
LITT KZRav 31 LES NUAGES PASSENT, LE BROUILLARD NOUS ENFERME Die Wolken ziehen
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KZ Ravensbrück russe
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LES NUAGES PASSENT, LE BROUILLARD NOUS ENFERME Die Wolken ziehen, der Nebel schliesst uns ein Apel - Appel Aleksandra Sokova 1943 russe |
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Le vent pousse aux carreaux des fenêtres Et sans arrêt la pluie Tombe
2. Non. Il est interdit d’attendre Dehors à cinq heures. Qu’il neige Qu’il pleuve L’appel n’a pas de grâce
3. Le vent lève nos lamentables frusques Disperse l’espérance Qu’un jour le soleil chauffe Les membres gourds
4. Debout en rangs de dix La pluie fouette Chacun se colle à l’autre Comme les bêtes la nuit sur les prés
5. Le vent tire la robe Nous lançons des jurons vers le ciel. Trois bouts d’étoffe doivent protéger Du froid
6. Robe, chemise, culotte C’est la tenue des prisonnières * Faite pour se présenter Bleues de gel à l’appel ** masculin ou féminin en allemand
7. Les lèvres tendues sur Le claquement des dents Les rangs s’éclaircissent Comme s’il fallait faire de la place au vent.
8. Le faible se replie S’assied au sol Tire le bord De la veste sur le genou
9. Un cri aigu déchire l’air « Attention » Les plus misérables sautent debout Comme des chiens de ferme en hiver.
10. C’est l’appel et Nous devons être silencieux Nous tenir en silence (répétition : sic) La torture n’est pas encore à la fin.
11. « Présentation »est annoncé Pour cela chaque centième Doit faire un pas en avant Car l’allemande arrive
12. Elle compte à nouveau Aboie : « Calmez-vous, du calme ! » Et nous porte comme du bétail Dans son registre
13. En même temps flotte son manteau noir Menaçante elle nous mesure Le long du rang Là nous ne bougeons pas
14. Toujours encore le vent et la pluie Et l’âme attend L’heure avec le hurlement De la sirène
15. Qui arrête l’appel. Nous sommes toutes mouillées Va maintenant au travail sans grommeler A l’endroit commandé
16. Cela trois fois par jour Nous nous rappellerons éternellement Comment nous étions debout là-bs Pour l’appel.
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1. Die Wolken ziehen, der Nebel schliesst uns ein Wind drückt ans Fensterglas Und ohne Unterlass der Regen Wart noch (Wärt ?)
2. Nein. Das Warten ist verboten Heraus um fünf. Ob’s schneit Ob’s regnet Der Appell kennt keine Gnade
3. Wind zaust die jämmerlichen Kleider Zerstäubt die Hoffnung Dass einmal Sonne wärmt Die tauben Glieder
4. In Zehnerreihen angestanden Regen peitscht So drückt sich einer an den andern Wie nachts die Tiere auf der Weide
5. Wind zerrt am Rock Ach Flüche schicken wir zum Himmel Drei Teilen Stoff soll’n schützen Vor der Kälte
6. Ein Kleid und Hemd und Hose Das ist der Anzug der Gefangenen Gemacht um blaugefroren Anzutreten zum Appel
7. Die Lippen eingezogen überm Zähneklappern Die Reihen lichten sich Als gält es Platz zu machen für den Wind
8. Wer schwach ist krümmt sich Hockt sich nieder Zieht den Saum Des Kleides übers Knie
9. Da reisst ein schrill bebrülltes Achtung Die Ärmsten hoch, sie springen auf Wie Hofhunde im Winter
10. Es ist Appell und Unsereins hat still zu sein Und still zu halten Die Marter ist noch nicht zu Ende
11. Meldung ist angesagt Dazu hat jeder Hundertste Nach vorn zu treten Denn nun kommt die Deutsche
12. Sie zählt erneut bellt : Ruhig, Ruhe ! Und trägt wie gezähltes Vieh uns In ihr Buch ein
13. Dabei weht ihr schwarzer Mantel Drohend misst sie Uns der Reihe nach Wobei wir uns nicht rühren
14. Noch immer Wind und Regen Und die Seele harrt Der Stunde mit dem Heulen Der Sirene.
15. Die den Appell beschliesst. Wir sind ganz nass Zur Arbeit geh nun ohne Murren An befohl’nen Platz
16. Das alles dreimal täglich Ewig werden wir uns daran erinnern Wie wir dort standen Beim Appell
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Texte Die Wolken ziehen, der Nebel schliesst uns ein Aleksandra Sokova, russe, 1943 Traduction allemande Marion Titze, p. 31 dans Europa im Kampf 1939-1944 Internationale Poesie aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck (Poésie internationale du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck) édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009 page 31 fr. : Yves Kéler 21.11.2014 Bischwiller
Mélodie ne semble pas avoir été chanté
Le texte contient de ambiguïtés quant au genre de quelques mots. A la strophe 4 : « So drückt sich jeder an den andern – Ainsi chacun se colle à l’autre », se comprend comme un masculin. Alors qu’il s’agit du camp des femmes, comme le dit la strophe 11 : « Denn nun kommt die Deutsche – Car maintenant arrive l’allemande. » Il s’agit d’une des responsables des femmes SS qui commande l’appel, qui porte le manteau noir des SS. Il faudrait donc à la strophe 4 : « So drückt sich jede an die andere – Ainsi se colle chacune à l’autre. » Dans la strophe 11 également « Da zu hat jeder hundertste – Pour cela chaque centième (masculin) », au lieu de « Dazu hat jede Hundertste – Pour cela chaque centième (féminin). »
A la strophe 6, la phrase « Das ist der Anzug der Gefangenen – Cela est le vêtement des prisonniers / prisonnières » ne nous aide pas, les deux genres étant possibles.
Ces anomalies sont peut-être des erreurs de traduction à partir du russe. A vérifier.
(op. cit. p. ) |
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Le texte
(Traduction du commentaire du chant, p. 34 op. cit.)
Ce poème était très connu à Ravensbrück. Il thématise de façon impressionnante la station debout pour l’appel. Beaucoup de poèmes sont nés sur cet arrière-fond et furent transmis pendant ce temps.
L’appel dans le camp de concentration servait à compter les prisonniers et à les répartir en commandos de travail. C’était aussi un moyen de punir collectivement un groupe ou tout un bloc. Les SS prenaient consciemment en compte la mort des prisonniers par cet instrument de punition et de torture. Les malades et les faibles devaient être debout à l’appel en toute circonstance. Toute aide était strictement interdite, de même toute protection contre les intempéries, p.ex. couvertures, vestes et papier journal, que les femmes cachaient sous leurs vêtements de détenues, ou qu’elles se procuraient en secret, pour éviter les maladies ou, quand elles n’avaient pas de chaussures, le gel des pieds au sol.
L’appel signifiait pour les femmes du camp de concentration de Ravensbrück une torture qui revenait plusieurs fois dans la journée, souvent pendant des heures. L’appel se tenait obligatoirement à un point central de rencontre et rendait nécessaire de se distancer des souffrances corporelles et de surmonter le temps de l’interminable attente, souvent dans des conditions climatiques extrêmes.
Dans le poème les responsables des tortures semblent disparaître derrière un combat en premier plan contre le vent et le temps. Dans les strophes l’ensemble du scénario est bien saisi. Le tout rappelle un théâtre, dans lequel le climat joue le rôle principal et où les exposés sont poussés à la chute. De cette action au caractère de déluge s’élève subitement une voix qui annonce « une instance puissante. » Celle-ci porte les traits d’un chien de garde ou des enfers, qui commande aux hommes rassemblés comme du bétail.
La fin sonne comme le chœur dans une tragédie grecque. Peur et terreur ne se sont en rien dissipées ici, au contraire, tout reste prêt pour un éternel retour, mené par des fils invisibles, pour être à nouveau dressé puis pour s’effondrer.
Quand nous rencontrâmes en avril 2004 Jefrosina Takcova, elle fut immédiatement prête à nous réciter exactement ce poème. Elle le connaît très bien. Et avant que nous nous reprîmes, elle commença à réciter par cœur les strophes. (fin de citation.)
Strophe 4 : Emploi du masculin
« So drückt sich einer an den andern –Ainsi se pousse l’un contre l’autre. » L’un contre l’autre est masculin, alors qu’il s’agit de femmes dans le camp. Est-ce une erreur de traduction du russe, ou bien s’agit-il d’une proposition générale ? La même tournure au masculin se trouve à la strophe 11 : « Dazu hat jeder hundertste – Pour cela chaque centième(masc). » Le commentaire du chant parle bien de « Frauen – Femmes » au 2e paragraphe.
Absence de rimes et de ponctuation
Le texte allemand n’a ni rimes ni ponctuation. En est-il de même dans l’original russe ?
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QUATRAINS
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