- Détails
- Camp de Ravensbrück
Ravensbrück, tchèque 1942
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AU DESSUS DES PHOTOS DANS LA CHAUDE CLASSE Über den Fotos, im warmen Klassenraum Egypt - Ägypten 1942 tchèque |
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1. A travers les photos, dans la chaude classe, J’avais la nostalgie de toi, Egypte. Sur les pages colorées de l’atlas, Je voyageais loin dans mes rêves.
2. Au delà des eaux troubles du Nil, De Memphis jusqu’à Thèbes, Je traversais une mer de sable Pour enlacer les pyramides.
3. Je regardais longtemps les vieux reliefs, J’apercevais des esclaves, brisés et souillés. Les sphinx annonçaient en silence le malheur Et rouge de sang se tenait l’horizon.
4. Je ne comprenais pas et observais, Je caressais ibis et idoles du regard. Le très vieux soleil jouait, Comme un enfant, avec l’ombre des palmiers.
5. Aujourd’hui seulement j’ai compris. Mon ciel plongeait dans le rouge sang , Le cœur interrompait son chant Et impuissante pulse la colère.
6. Moi aussi je suis une esclave Et j’entends toujours le coup du fouet. Mais mon cœur est libre et fier, Seuls les vains rêves sont partis.
7. Aujourd’hui je n’enlace aucune pierre, Mais toi, vous, toutes mes compagnes. Je vous rencontre sur des chemins nouveaux, Quand sera venu notre temps.
8. Alors nous irons ensemble, tête haute, Plus de blessure qui brûle ton visage, Les larmes sécheront au sourire chaud Et dans le vent brûlant de la passion.
9. Adieu, mon ancienne et neuve Egypte ! Quand nous redeviendrons des humains, J’ouvrirai l’atlas à une autre page Et rêverai du Caucase.
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1. Über den Fotos, im warmen Klassenraum, sehnte ich mich nach Ägypten. Auf den bunten Seiten des Atlanten reiste ich weit, in meinen Träumen.
2. Über des Niles trübe Wasser von Memphis bis nach Theben ging ich durch ein Meer von Sand, die Pyramiden zu umarmen.
3. Ich besah lang die alten Reliefs, erblickte Sklaven, gebrochen und besudelt. Die Sphinxe verhiessen schweigend Unheil Und blutrot stand des Horizont.
4. Ich verstand nicht und blieb dann inne, Ibissen und Götzen schmeichelte mein Blick Wieder umspielte die uralte Sonne Wie ein Kind die Schatten der Palmen.
5. Heute erst hab ich begriffen. Mein Himmel tauchte in Blutrot, das Herz brach ab seinen Gesang und ohne Macht pulsiert die Wut.
6. Auch ich bin ein Sklave und höre stets der Peitsche Schlag. Mein Herz aber ist stolz und frei, die eitlen Träume nur sind fort.
7. Heute umarme ich keinen Stein, sondern dich, euch, alle Gefährten. Auf neue Strassen treffe ich euch, wenn gekommen ist unsre Zeit.
8. Dann geh’n wir zusammen erhobenen Hauptes. Keine Wunden mehr brennen auf deinem Gesicht Es trocknen die Tränen am wärmenden Lächeln Und im glühenden Wind der Leidenschaft.
9. Adieu, mein altes und neues Ägypten! Wenn wir zu Menschen wieder werden, schlage ich Den Atlas an einer anderen Stelle auf Und träume vom Kaukasus.
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Texte Über den fotos, im warmen Klassenraum
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Vera Hozakova, tchèque 1942 traduction allemande jan-Peter Abraham dans Europa im Kampf 1939-1944 Internationale Poesie aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck (Poésie internationale du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck) édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009 page 48 fr. : Yves Kéler 15.11.2014 Bischwiller
Mélodie ne semble pas prévu pour être chanté
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Le texte
Texte du commentaire du poème
Une grande partie des femmes incarcérée était engagée à maintenir le fonctionnement du camp et à pourvoir pour la nourriture et l’habillement. Pour l’extension de l’installation du camp, des femmes devaient fournir les travaux pénibles. Des routes taient construites par elles, ainsi que le casernement des SS. Souvent les groupes de détenues étaient occupées à des travaux tut à fait insensés – elles devaient par exemple transporter et ramener du sable – simplement pour les démoraliser, pendant que les SS montraient leur pouvoir et se délecter de l’incapacité à se défendre des victimes.
Vera Hozakova appartenait en hiver1942 à un de ces commandos. Et elle se souvient d’un événement qui l’a conduite à son premier poème, cette « Egypte », quelle a dédié à son amie Katrin. « Les lacs du Mecklenburg, les bateaux chargés de pierres des villes bombardées, heures interminables, quand la charrette chargée de pierres échappe aux mains fatiguées ; et la rive est si longue et raide. Les mains n’obéissent pas, les doigts lâchent, la brouette se renverse. Coups de cravache sur les doigts – Karin, marche, marche, au moins un bout, avant que la brouette tombe à nouveau des mains. » Et Katrin, une petite silhouette affaiblie et affamée dans des haillons rayés, marche, marche…il faut une forte volonté – les mains gelées s’ouvrent d’elles mêmes – la brouette pique dans la terre – coups de cravache et à nouveau nous marchons. Les pantoufles vrombissent sur la grande route gelée, - la brouette se renverse de nouveau et de nouveau. Le prisonnier chargé des consignes ne la remplace pas, il craint la surveillante. Dans mon allemand ridicule je prie les autres jeunes allemandes, mais elles n’écoutent pas. Juste une petite autrichienne âgée va avec moi à la brouette. Au trot nous nous remettons sur le chemin vers la colline. Soudain l’ordre : « arrêtez ! » La têt attend à nouveau des coups et se retire entre les épaules – non, aucun coup ne tombe. Un autre ordre et deux jeunes et fortes allemandes nous remplacent. Nous ne comprenons pas – qu’est-ce qui a bougé dans le cœur de la surveillante ? Notre solidarité l’a-t-elle surprise ? »
« Egypte », d’après Vera Hozakova, devait envoyer Katrin dans d’autres locaux et la détourner des tortures sous lesquelles elle s’effondrait. (Op. cit, page 49)
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