« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 

LITT KZRav 62 JE CONNAIS LA NOSTALGIE

 Ravensbrück 1942 tchèque

                                                                                                                   revu 5.2.16

 

 

                               

 

             JE CONNAIS LA NOSTALGIE

                   Ich kenne die Sehnsucht
               Vera Hozajova, 1942, tchèque

1. Je connais la nostalgie.

    Elle m’aveugle. 

    Je me traîne

    Pour franchir les seuils.

 

2. J’étais assise par terre avec vous,

    Les genoux enlacés.

    De loin j’entends notre chant

    Et je vois lilas la bruyère.

 

3. La nostalgie des arbres

    Est plus forte que l’amour.

    Je vois cinq bouleaux, un fleuve vert,

    Assise sur la rive, cheveux au vent.

                       

4. La nostalgie est terrible,

    Car de nouveau fleurit la bruyère.

    Et le jour d’aujourd’hui

    Tombe dessus comme une pierre.

 

1. Ich kenne die Sehnsucht.

    Sie macht mich blind.

    So schleppe ich mich

    über die Schwellen.

 

2.  Ich sass auf der Erde mit euch,

    die Knie umschlungen.

    Von weit hör ich unser Lied

    Und sehe lila das Heidekraut.

   

3. Die Sehnsucht nach Bäume

    ist stärker als Liebe.

    Fünf Birken sehe ich, einen grünen Fluss.

    Wir sassen am Ufer, Wind in den Haaren.

  

4. Die Sehnsucht ist schrecklich,

    denn wieder blüht jetzt das Heidekraut.

    Und der heutige Tag

    Fällt wie ein Stein drauf.

 

         

 

         Texte        Touha - Sehnsucht

                          Vera Hozajova 1942 tchèque

                          traduction allemande Wolfgang Fietkau, p. 62

                          dans Europa im Kampf 1939-1944

                               Internationale Poesie

                               aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck

                               (Poésie internationale

                               du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck)

                               édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch

                          Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009

                          page 62

                          fr. : Yves Kéler 23.11.2014 Bischwiller

 

         Mélodie    ne semble pas avoir été chanté

 

 

Le texte

 (Commentaire de l'ouvrage cité,p. 63)

        Trois mots apparaissent toujours à nouveau dans la poésie internationale des camps et que pas seulement la jeune communiste Vera Hozakova considère comme la source de leur force de survie : Espérance, Amitié et Nostalgie. Chez Vera Hozakova, la nostalgie se nourrissait avant tout du profond sentiment d’accord avec la nature. Dans son poème « Touha » elle pouvait toujours à nouveau puiser du regard de la nature et de ses souvenirs durant son internement. Déjà dans la prison de Pankraz de Prague elle se fortifiait  grandement avec « les souvenirs des routes de campagne brûlantes et des allées d’arbres fruitiers, de la senteur des prés et du blé mûrissant, de l’herbe rafraîchissante du bord des bois où j’entendais les grillons, des nuages au dessus de moi, de la plaine, qui bourdonnait au soleil de juillet et embaumait, des montagnes bleu sombre à l’horizon que je gravissais, du vent dans les cheveux, des forêts, qui dans l’odeur enivrante de la résine faisaient fête et qui étaient mon grand amour, de leur mousse rafraîchissante qui caressait les pieds fatigués, du fleuve, dans les vagues vertes duquel je me sentais si légère, du village , qui reposait si calmement dans la chaleur de midi. Encore ne savais-je pas combien terriblement la nostalgie de tout cela fait souffrir, la nostalgie du ciel libre et vaste au- dessus de nous. » (op. cit. Page 63)

 

 

 

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