« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 

LITT KZRav 64 EN AUTOMME, C’EST SÛREMENT LE RETOUR A LA MAISON

 

KZ Ravensbrück, polonais, 1942

 

 

 

 

 

                                     EN AUTOMME, C’EST SÛREMENT LE RETOUR A LA MAISON
                                                     Im Herbst geht es gewiss nach Hause

 

Zaklete kolo – der Zauberkeis – Le cercle magique

                                                         Anonyme, 1942, polonais

 
       

                                                    /maison.

1. En automne, c’est sûrement le retour à la

    L’automne rebat certainement les cartes.

    L’automne arrive, colore le feuillage

    Couleur de rouille, doré, rouge écarlate

    Le brouillard flotte - tendre, bleu pigeon

    Toile d’araignée gris-argent,

    Sur les champs, les prés, les ombrages.

    Du lac monte un orage.

    Roule de lourds nuages vers le ciel…

    Des sanglots traversent la forêt,

    Les lamentations des sans-patrie

    Auxquelles le ciel lui-même s’associe.

 

    Ne pas pleurer, à Noël, nous serons

    Sûrement sur le sol de la patrie.

   

2. Au dessus de la neige, l’étoile de Noël,

    Le vaste monde enveloppé de blanc,

    Balayés par la neige le chemin et la pente,

    Et la pensée court vers la patrie,

    A la nuit de Noël, dans le cercle de famille :

    Le sapin, le rire clair des enfants,

    Les chants de Noël familiers,

    Sous la nappe une poignée de foin -

    Et une émotion sans nom nous étreint -

    O Dieu, nous sommes perdues !

    Fais-nous oublier, Jésus,

    Que tu es né le soir de Noël !

    A travers les minces murs des baraques

    Le vent de l’orage sanglote sans fin.

 

 

    Ne pas pleurer, bientôt l’hiver est passé,    /nous.

    Au printemps nous serons certainement chez     

 

3. Le printemps approche, la belle fête de Pâques

    La longue ronde des souvenirs -

    Le lapin de Pâques, les œufs peints de couleurs,

    Les chatons argentés, la première alouette

                                                                  chante,

    La cloche sonne la Résurrection

    Et partout fleurit une nouvelle vie.

    Le mal du pays rend fort en ce lieu triste.

 

    Ne pleure pas - le tournant s’approche,

    Aux moissons, la guerre sera finie.

 

4. Dehors, à la chaude lumière du soleil,

    Bruissent les vagues dorées du seigle

    Les bleuets, les pieds d’alouette,

    Le pavot rouge et le chardon des chemins.

    Les épis de seigle se penchent, lourds,

    Le beau chant des moissonneuses -

    Ô riche moisson, bénie soit ma Pologne !

 

5. Ici le quotidien reste pareil,

    Caillouteux, royaume défoncé de souffrances.

    Devant la baraque une longue plate-bande,   

    Dessus, de la sauge, et une trace de sang

    Et toujours pareil le même train -

    Le méchant cercle magique du tourment.

 

    Ne pas pleurer, le tournant s’approche -

    En automne notre torture prendra fin.

    ..

    L’automne s’approche…

 

 

1. Im Herbst geht es gewiss nach Hause.

    Der Herbst mischt sicher neu die Karten

    Da kommt der Herbst, verfärbt das Laub

    Rostfarben, golden, scharlachrot

    Hängt Nebel auf – zartes Taubenblau

    Und Spinngewebe silbergrau -

    Über die Felder, Wiesen, Auen.

    Vom See her zieht ein Sturm herauf

    Wälzt schwere Wolken überm Himmel...

    Schluchzen, Gewimmer durchdringt den Wald,

    der Heimatlosen triste Klagelieder,

    in der der Himmel weinend einstimmt.

 

    Nicht weinen! Weihnachten sind wir

    Gewiss auf heimatlicher Erde!

 

    Über dem Schnee der Weihnachtsstern,

    im Weiss gehüllt die weite Welt

    uns schneeverweht sind Weg und Steg,

    und heimwärts der Gedanke eilt,

    zum Weihnachtsabend im Familienkreis:

    der Tannenbaum, helles Kinderlachen

    das wohlvertraute Weihnachtslied,

    unter dem Tischtuch eine Handvoll Heu -

    und es ergreift namenlose Rührung -

    O Gott, wir sind verloren!

    Vergessen lass uns, Jesu, dass du

    Am Weihnachtsabend bist geboren!

    Durch der Baracken dünne Wände

    Der Sturmwind schluchzt ohne Ende.

   

 

    Nicht weinen, bald ist der Winter um,

    im Frühjahr sind wir ganz bestimmt daheim.

   

    Der Frühling naht, das schöne Osterfest

    Der lange Reigen von Erinnerungen -

    Des Osterhase, die Ostereier buntgemalt,

    silbrige Weidenkätzchen, die erste Lerche singt

   

    die Glocke läutet Auferstehung

    und allerorts erblüht ein neues Leben.

    Heimweh erstarkt im trostlosen Gelände.

   

    Weine nicht – es naht die Wende,

    zur Erntezeit geht der Krieg zu Ende!

   

    Draussen im warmen Sonnenlicht

    Rauschen des Roggens goldne Wogen

    Kornblumen blau und Rittersporn

    Der rote Mohn und Wegedorn.

    Schwer neigen sich die Roggenähren,

    der Schnitterinnen schöner Klang -

    o reiche Ernte, gesegnet sei mein Polenland!

   

    Hier bleibt der Alltag immer gleich -

    Steinig, zerschundnes Schmerzenreich.

    Vor der Baracke ein langes Beet,

    Darauf Salbei und blutige Spur

    Uns stets der immer gleiche Trott -

    Der böse Zauberkreis der Qual.

   

    Nicht weinen, es naht die Wende -

    Im Herbst hat unsre Qual ein Ende...

   

    Es naht der Herbst....

 

 

 

         Texte        Zakete lolo – - Der Zauberkreis - le cercle magique

                          Anonyme, polonais, 1942

                          traduction allemande Henryk Bereska, p. 64

                          dans Europa im Kampf 1939-1944

                               Internationale Poesie

                               aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck

                               (Poésie internationale

                               du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck)

                               édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch

                          Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009

                          page 63

                          fr. : Yves Kéler 24.11.2014 Bischwiller

 
        
Mélodie    ne semble pas avoir été chanté

 

 

Le texte

        En novembre 1938 arrivent 500 détenus de droit commun de Sachsenhausen et un Vorkommando (commando préparatoire) de femmes du KZ Lichtenburg. Ils construisent à 1km à l’est de Fürstenberg aux bords du lac de Schwedt 14 baraques de logement, une cuisine, l'infirmerie, ainsi qu'un petit camp pour hommes totalement isolé du camp des femmes. Le terrain entier est entouré d'un haut mur surmonté de barbelés électrifiés. Le 15 avril 1939, les baraques sont achevées, ainsi que la prison et les logements des SS. Le kommando de Sachsenhausen s’en va. (Wikipedia)

        Le lac de Schwedt apparaît dans le poème, dans la première strophe.

(Commentaire du poème dans le livre cité, p. 66)

        Les poèmes provenant de la résistance politique polonaise, ou ceux comme le chant allemand « Kopf hoch –Tête haute » (voir texte page 52 du livre : « Welch Fäden auch das Schiksal spielt », traduction « Quels que soient les fils que tisse le destin. »), insistent sur la croissance de la force de ceux qui parlent à la place des autres, ou qui invoquent une force extérieure à eux, telle que Dieu, ou ici le Chrust.

        Dans des poèmes comme celui-ci l’aspect protecteur est mis en avant. Celui-ci peut être compris comme une sorte de magie de défense, dans laquelle pour les concernés il en va de vaincre le cercle magique du camp qui vous bannit, camp dans lequel les femmes sont tombées, au moyen d’une magie contraire. La violente pression pour se subordonner à un déroulement du temps imposé de l’extérieur, qui dépossède du passé et de l’avenir, est comprise comme un cercle de bannissement. Et ressenti comme un arrêt du temps ou un retour en forme de cercle d’évènements ou de souffrances. Pour dire cela, dans  les poèmes, le concept de « cercle magique ou infernal » apparaît fréquemment.  

        Ici l’éternel retour des saisons est mis en rapport avec les jours de fête et avec l’espérance d’une libération prochaine, qui ne se remplit pourtant jamais. Le ban de la captivité tire plus loin son cercle – rien ne change. (op. cit. page 66)

 

 

 

 

     

 

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