« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

LITT KZRavensbrück 66 TRANCHE DE PAIN Du Scheibchen Brot

 

 

 

 

 

KZ Ravensbrück, tchèque,1941 - 1944

 

 

TRANCHE DE PAIN

Du Scheibchen Brot

 

Anicka Kvapilowa, 1941-44, tchèque

 

 

 

       

 

 

Tranche de pain,

Je veux te chanter, te dire du bien.

Moi – une de celles qui a le plus besoin de toi.

Nous sommes des naufragés sur un roc d’effroi,

Où nous a poussées un mal intense

Qui n’avait pas jusqu’ici pas d’existence.

Tu relies pour nous deux mondes,

Tu soutiens nos nostalgies, tu les secondes,

Tu es comme un pont,

Par lequel avec humilité et sans soucis

Nous retournerons un jour vers la vie.

Tu es la porte,

Qui nous ouvre la vue vers l’avenir,

Si nous le demandons.

Tu es la chaleur du cœur

Qu’avec des nœuds nous nous attachons.

Tels des expulsés avec leur baluchon,

Car tu n’es que l’amour de la vie :

Nous l’avons compris,

Tu es le lien de la vie

Qui se déchire, quand tu auras disparu.

Comme dans les plus simples choses,

La grandeur est en toi et la force

Subsistent en soi.

Toute l’amertume et la douceur du monde

Ont coulé en toi,

Toute la dureté des mains s’y rencontre,

Et la joie des moments de fête dans les regards

Le chant des moissonneurs gaillards,

Et l’image de la patrie,

Comme elle est gravée dans nos esprits.

Peut-être la reverrons-nous bientôt,

A travers ce rêve si beau.

Nous te louons, nous disons du bien

De toi, tranche de pain.

 

 

Du Scheibchen Brot

heute will ich singen zu deinem Lob.

Ich - eine von denen, die dich am meisten nötig haben.

Wir sind Gestrandete auf zersprungenem Fels,

wohin uns hinausgetrieben das Böse,

das noch nie Dagewesene.

Du verbindest uns beide Welten,

unseren Sehnsüchten bist du die Stütze,

du bist die Brücke,

auf der wir mit Demut im Herzen, bar jeder Trauer,

zurückkehren werden in das Lehen.

Du bist uns die Tür,

die den Ausblick in die Zukunft aufdeckt,

wenn wir nach ihr fragen

und die Herzenswärme

mit der wir dich binden in den Knoten,

wie Vertriebene ihren einzigen Besitz,

denn sie ist die Liebe nur zum Leben

und Verstehen,

dass du des Lebens Band bist,

das reißt, wenn es dich nicht mehr gibt.

Wie bei den einfachsten Dingen

ist in dir Größe und Stärke,

die für sich steht.                 

Die ganze Bitterkeit und Süße dieser Welt

floss in dich,

die Härte der schwieligen Hände

und die Behaglichkeit festlicher Augenblicke,

der Gesang der Mäher bei der Ernte,

und das Bild der Heimat

wie es sich in unser aller Seelen eingraviert.

Vielleicht sehen wir sie bald wieder

und mit dieser Ahnung

erheben wir die Stimmen zu deinem Lob

du Scheibchen Brot!

 

 

          Texte        Du Scheibchen Brot

                          Anicka Kvapilova, 1941/44 tchèque

                          traduction de Pavel Sacher

                          original : Krajicek Chleba, p. 66

                          dans Europa im Kampf 1939-1944

                          Internationale Poesie aus dem

                          Frauenkonzentrationslager Ravensbrück, p.

                          Constanze Jeiser – Jakob David Pampuch éditeur

                          Metropol Verlag 2005 Berlin

                          fr. : Yves Kéler 30.10.2015

 
         Mélodie    sans mélodie probablement

           

 

    Le texte

(d’après le Commentaire du livre, op. cit. p. 69)

        Ce chant illustre une des réalités obsédantes des camps : la faim et la soif. Ce thème était lié à toutes sortes d’horreurs. Pour boire, il fallait se battre aux lieux où les distributions d’eau ou d’autres breuvages, toujours insuffisantes, étaient faites. De plus, les détenues perdaient beaucoup d’eau à cause de la perpétuelle diarrhée due au manque de nourriture. Elles avaient souvent très soif, à cause des fièvres fréquentes. « Nous buvons debout, et sommes cognées par celles qui craignent de ne plus rien recevoir. Car elles doivent tout de suite sortir, à peine sur pied. » Charlotte Delbo, une française, qui fait ce récit et qui a survécu à Auschwitz et Ravensbrück, ne pouvait plus rien manger de solide, car ses lèvres et ses gencives avaient éclaté. Elle échangeait son pain contre du liquide, froid de préférence, pour atténuer ses souffrances.

         La faim chronique est plus que le seul sentiment de faim dans l’estomac. Avec le temps, la carence envahit le corps, qui brûle ses graisses, provoquant des douleurs dans tout le corps, particulièrement dans la nuque. Le cerveau est atteint, la pensée devient lente, brumeuse. Il faut réagir, et surtout que d’autres interviennent. La solidarité a été un important facteur de survie. La création aussi d’un esprit de résistance et la préoccupation culturelle sous toutes ses formes, qui permettait aux prisonnières de sublimer la faim en lui enlevant la place première.  

       

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