- Détails
- Camp de Ravensbrück
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LITT KZRavensbrück 66 TRANCHE DE PAIN Du Scheibchen Brot |
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KZ Ravensbrück, tchèque,1941 - 1944
TRANCHE DE PAIN Du Scheibchen Brot
Anicka Kvapilowa, 1941-44, tchèque
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Tranche de pain, Je veux te chanter, te dire du bien. Moi – une de celles qui a le plus besoin de toi. Nous sommes des naufragés sur un roc d’effroi, Où nous a poussées un mal intense Qui n’avait pas jusqu’ici pas d’existence. Tu relies pour nous deux mondes, Tu soutiens nos nostalgies, tu les secondes, Tu es comme un pont, Par lequel avec humilité et sans soucis Nous retournerons un jour vers la vie. Tu es la porte, Qui nous ouvre la vue vers l’avenir, Si nous le demandons. Tu es la chaleur du cœur Qu’avec des nœuds nous nous attachons. Tels des expulsés avec leur baluchon, Car tu n’es que l’amour de la vie : Nous l’avons compris, Tu es le lien de la vie Qui se déchire, quand tu auras disparu. Comme dans les plus simples choses, La grandeur est en toi et la force Subsistent en soi. Toute l’amertume et la douceur du monde Ont coulé en toi, Toute la dureté des mains s’y rencontre, Et la joie des moments de fête dans les regards Le chant des moissonneurs gaillards, Et l’image de la patrie, Comme elle est gravée dans nos esprits. Peut-être la reverrons-nous bientôt, A travers ce rêve si beau. Nous te louons, nous disons du bien De toi, tranche de pain.
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Du Scheibchen Brot heute will ich singen zu deinem Lob. Ich - eine von denen, die dich am meisten nötig haben. Wir sind Gestrandete auf zersprungenem Fels, wohin uns hinausgetrieben das Böse, das noch nie Dagewesene. Du verbindest uns beide Welten, unseren Sehnsüchten bist du die Stütze, du bist die Brücke, auf der wir mit Demut im Herzen, bar jeder Trauer, zurückkehren werden in das Lehen. Du bist uns die Tür, die den Ausblick in die Zukunft aufdeckt, wenn wir nach ihr fragen und die Herzenswärme mit der wir dich binden in den Knoten, wie Vertriebene ihren einzigen Besitz, denn sie ist die Liebe nur zum Leben und Verstehen, dass du des Lebens Band bist, das reißt, wenn es dich nicht mehr gibt. Wie bei den einfachsten Dingen ist in dir Größe und Stärke, die für sich steht. Die ganze Bitterkeit und Süße dieser Welt floss in dich, die Härte der schwieligen Hände und die Behaglichkeit festlicher Augenblicke, der Gesang der Mäher bei der Ernte, und das Bild der Heimat wie es sich in unser aller Seelen eingraviert. Vielleicht sehen wir sie bald wieder und mit dieser Ahnung erheben wir die Stimmen zu deinem Lob du Scheibchen Brot!
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Texte Du Scheibchen Brot
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Anicka Kvapilova, 1941/44 tchèque traduction de Pavel Sacher original : Krajicek Chleba, p. 66 dans Europa im Kampf 1939-1944 Internationale Poesie aus dem Frauenkonzentrationslager Ravensbrück, p. Constanze Jeiser – Jakob David Pampuch éditeur Metropol Verlag 2005 Berlin fr. : Yves Kéler 30.10.2015
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Le texte
(d’après le Commentaire du livre, op. cit. p. 69)
Ce chant illustre une des réalités obsédantes des camps : la faim et la soif. Ce thème était lié à toutes sortes d’horreurs. Pour boire, il fallait se battre aux lieux où les distributions d’eau ou d’autres breuvages, toujours insuffisantes, étaient faites. De plus, les détenues perdaient beaucoup d’eau à cause de la perpétuelle diarrhée due au manque de nourriture. Elles avaient souvent très soif, à cause des fièvres fréquentes. « Nous buvons debout, et sommes cognées par celles qui craignent de ne plus rien recevoir. Car elles doivent tout de suite sortir, à peine sur pied. » Charlotte Delbo, une française, qui fait ce récit et qui a survécu à Auschwitz et Ravensbrück, ne pouvait plus rien manger de solide, car ses lèvres et ses gencives avaient éclaté. Elle échangeait son pain contre du liquide, froid de préférence, pour atténuer ses souffrances.
La faim chronique est plus que le seul sentiment de faim dans l’estomac. Avec le temps, la carence envahit le corps, qui brûle ses graisses, provoquant des douleurs dans tout le corps, particulièrement dans la nuque. Le cerveau est atteint, la pensée devient lente, brumeuse. Il faut réagir, et surtout que d’autres interviennent. La solidarité a été un important facteur de survie. La création aussi d’un esprit de résistance et la préoccupation culturelle sous toutes ses formes, qui permettait aux prisonnières de sublimer la faim en lui enlevant la place première.









