« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 

LITT KZRavensbrück 043 ON DIT QUE LE PRINTEMPS SERAIT VENU Man sagt, der Frühling sei gekommen

 

Ravensbrück

 

 

 

 

ON DIT QUE LE PRINTEMPS SERAIT VENU

Man sagt, der Frühling sei gekommen

 Frühling im Ghetto - Printemps au ghetto

anonyme

1943

Polonais

 

     

 

 

1. On dit que le printemps serait venu.

    La pluie qui bruisse en un orage,

    Les oiseaux sautillant par ci, par là.

    A travers les murs épais

    Et les cordes des gibets,

    Je ne te vois pas, printemps,

    Quoique proche tu sois pourtant.

 

2. Tu nous enlèves l’écœurement, 

    Sans faire de différence.

    Où que tu regardes, 

    Derrière les grilles du ghetto,

    Tu jaunis les lattes.

    Entre les murs, les cours puantes

    Deviennent encore plus sombres.

    Et pourtant les enfants jouent,

    Enfants du ghetto,

    Tu leur envoies ton soleil.

 

3. Ils ont l’air malade, exsangues, malheureux,

    Dans leurs visages brillent

    Des yeux tristes et noirs.

    La tombe du père n’est pas encor couverte

                  d’herbe,

    La soeur écrit des lettres effrayantes depuis le camp,

      Le frère, qui a reçu le billet, n’a pas donné

                  signe.

    La mère a la fièvre et des tremblements du 

                  travail.

    A la maison, pas de pain, de pommes de

                  terre.

    Mais il faut pourtant manger,

    Chaque jour manger quelque chose.

 

4. Au front tombent de jeunes soldats,

    Comme on dit pour le Führer et la patrie.

    Et ici deuil, gibet, cadavres.

 

5.    O Dieu, si tu existes, - SOS.

 

 

1. Man sagt, der Frühling sei gekommen.

    Der Regen rauscht in einem Gewitter,

    Dann hüpfen Vögel herum.

    Durch dicke Mauern aber

    Und Galgenstricke

    Sehe ich dich nicht, du Frühling.

    Obwohl du doch nah bist.

 

2. Du nimmst uns de Ekel immerhin,

    Machst keine Unterschiede

    Wohin du blickst.

    Hinter den Ghettogittern

    Machst du die Latten gelb.

    In den Mauern werden

    Die stinkende Höfe noch dunkler.

    Und doch spielen hier Kinder

    Kinder im Ghetto.

    Ihnen schickst du deine Sonne.

 

3. Krank sehen sie aus, blutleer, elend.

    In ihren Gesichtern leuchten

    Traurig schwarze Augen.

    Das Grab des Vaters ist noch nicht mit

                  Gras bewachsen.

    Die Schwester schickt schrecklichen Briefe

                  aus dem Lager

    Der Bruder, der den Zettel bekam, hat sich

                  noch nicht gemeldet.

    Die Mutter hat Fieber  und Schüttelfrost 

                  von der Arbeit.

    Zuhause fehlen Brot und Kartoffeln.

   

    Aber man muss doch essen,

    Jeden Tag etwas essen.

   

4. An der Front fallen junge Soldaten,

    Wie es heisst für Führer und Vaterland.

    Und hier Trauer, Galgen, Leichen.

   

5. O Gott, wenn es dich gibt – SOS.  

 

 

         Texte        Man sagt, der Frühling sei gekommen

                          Polonais anonyme 1943

                          traduction allemande Wolfgang Fietkau, p. 43

                          dans Europa im Kampf 1939-1944

                               Internationale Poesie

                               aus dem Frauen-Konzentrationslager Ravensbruck

                               (Poésie internationale

                               du camp de concentration pour femmes de Ravensbruck)

                               édités par Constanze Jaiser et Jacob David Pampuch

                          Metropol Verlag Berlin, 2005, 2e édition revue 2009

                          page  43

                          fr. : Yves Kéler 15.11.2014 Bischwiller

 

         Mélodie :   ne semble pas avoir été chanté

 

 

Le texte

         Le poème est d’une polonaise, que les nazis déportèrent d’un ghetto à Auschwitz-Birkenau, et assassinèrent là dans la chambre à gaz. Il est possible que ce soit le ghetto de Varsovie, duquel les troupes allemandes déportèrent les gens dans les camps d’extermination en avril/mai 1943. Le nombre des internés dans le ghetto de Varsovie sur des années monte à un demi-million d’humains. Seuls quelques faibles milliers ont survécu.

         Le poème fut transmis à Vlasta Kladivova par Halina Lepinska, que la première  connaissait de son temps d’internement à Auschwitz et qu’elle rencontra par hasard à nouveau à Ravensbrück. Le billet, sur lequel le poème était noté, aurait été trouvé dans un manteau par une jeune fille juive qui travaillait dans le local de l’habillement ( à Auschwitz). Ce dernier testament d’une personne que les nazis tuèrent dans les chambres à gaz, selon Vlasta Kladivova, lui aurait été présenté, encore à Auschwitz, une semaine avant son transfert à Ravensbrück, et l’aurait fortement ébralée.

         La trouvaille du poème fut le point de départ du rassemblement de l’anthologie poétique « Europa im Kampf – L’Europe dans le combat. » Son signal SOS fut repris par les découvreuses.

 (Citation de « Europa im Krieg », op. Cit. Page 44)

        Remarque de Yves Kéler : il ne ressort pas de ce texte si le poème a été écrit au ghetto, ou au camp après la déportation. Je pencherai pour la 1ère solution : on imagine très bien que l’auteur, qui avait tout perdu, a gardé ce poème comme dernière chose lui appartenant, et l’a caché dans son manteau. ,

 

 

 

 

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