« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
»

*1939 - † 2018

 

 

LITT KZRavensbrück 096 NOUS ETIONS A CINQ Wir waren zu fünft

 

NOUS ETIONS A CINQ

Wir waren zu fünft

 

Vera Hozakova

tchèque

 

 

 

1. Nous étions à cinq.

    J’étais le plus jeune à table.

    Bientôt la disette s’installa chez nous.

    Ma place auprès de la mère était tout   

            pour moi,

    Et dans les nuits noires, quand elle

          partait,

    J’agrippais le coin de l’oreiller.

    Ainsi je me mentais à moi-même.

 

2. Alors je partis,

    Mon retour fondait comme la neige,

    Plus de sein chaud, maintenant le

           vent soufflait fort.

            

    Alors nous combattions.

    C’était de dures batailles,

    Mon retour fondait comme la neige.

 

3. La mort enleva la coupe de mon père 

          de la table,

    Avec cette parole à boire s’arrêta le

          pendule du temps          

    En moi c’était calme, seul le cœur me

          tirait vers la maison.           

    J’entrai en silence, je m’assis à ma

          place,

    Près de ma mère, il y avait juste un  

         espace.

 

4. Et je rentrais plus souvent.

    Par nuit calme, alors que les étoiles 

        se tenaient au-dessus du train,

    Je me retrouvais.

    Un clair sourire passait sur mon

        visage,

    Et nous dressions notre table.

    Je me sentais bien, la tête dans son

        sein

    Légère comme avec un bon vin,

    Quand nous buvions de nos coupes.

 

5. Je devais me lever et partir.

    Quand reviendrai-je ?

    La volonté ne suffit pas ici.

    Je reviendrais tout de suite,

   Sachant que tu attends à notre table

    Croyant que nous boirions ensemble

            de nos coupes.

    Et si tu dois vider le tien toute seule,

   

    Je crois que tu pousserais le mien

            sans amertume,      

    Sans larmes et sans crêpe noir,

    Juste une coupe brillante vide.

   

    Que cela devait être ainsi, tu le

           comprends, mèr

 

Wir waren zu fünft.

Ich war der jüngste am Tisch.

bald gesellte sich die Not zu uns.

Mein Platz bei der Mutter war mir alles,

 

und in den dunklen Nächten, wenn sie fortging,

urnklarnrnerte ich den Zipfel des Kissens.

So belog ich mich selbst.

 

2. Dann lief ich fort,

meine Heimkehr schmolz stets wie Schnee,

kein warmer Schoß mehr, jetzt wehte scharf der Wind.

So kämpften wir dann.

Es waren harte Gefechte,

meine Heimkehr schmolz stets wie Schnee.

 
3. Der Tod nahm den Kelch des Vaters

       vom Tisch,

mit diesem Trinkspruch stand still das 

       Pendel der Zeit,             

Ruhe war in mir, nur das Herz zog es

       nach Haus.

Still trat ich ein, setzte mich auf meinen

       Platz

bei der Mutter, damit nur eine Lücke

       blieb.


4. Und häufiger kehrte ich heim.

In klaren Nächten, als über dem Zug

             die Sterne standen,

fand ich zu mir selbst.

Ein helles Lächeln huschte mir über das Gesicht,

und wir deckten unseren Tisch.

Ich fühlte mich wohl, den Kopf in

      deinem Schoß,            

leicht wie bei gutem Wein,

als wir gemeinsam aus unseren Kelchen tranken.

 

5. Ich musste aufstehen und fortgehen.

Wann kehre ich zurück?

Das Wollen reicht hier allein nicht aus.

Ich käme sofort,        

weiß, dass du an unserem Tisch wartest,

glaube, dass wir gemeinsam aus

      unseren Kelchen trinken werden.

Und wenn du deinen Kelch leeren musst

      allein,

glaube ich, dass du den meinen

      fortstellst ohne Bitterkeit,

ohne Tränen und ohne schwarzen Flor,

nur einen blanken, leeren Kelch.

 

Dass es so sein musste, verstehst du doch, Mutter.

 

 

         Texte        Wir waren zu fünft

                          auteur : Vera Hozakova, 1942, tchèque

                          traduction allemande de Jan-Peter Abraham, p. 97

           

                      1. dans Europa im Kampf 1939-1944

                          Internationale Poesie aus dem

                          Frauenkonzentrationslager Ravensbrück, p. 97

                          Constanze Jeiser – Jakob David Pampuch éditeur

                          Metropol Verlag 2005 Berlin

 

                      2. dans Europa v boij, 1939-1944

                          contient les textes du 1er livre en langue originale

                          Metropol Verlag 2005 et 2009, Berlin

                          original : Bylo nas pet, p. 54                     

                          fr. : Yves Kéler Bischwiller

 

         Mélodie    pas indiquée

 

 

Le texte

         Ce poème fait partie de toute une série que Vera Hozakova dédia à sa mère. Elle a dû détruire à cause d’une razzia des SS le petit livre de poèmes qu’elle avait fait pour sa mère. Elle emploie ici, comme dans d’autres poèmes, le masculin quand elle parle d’elle, et expliqua que cela donnait une meilleure forme de vers, sonnant mieux.

         Vera ressent la séparation d’avec sa mère comme très éprouvante. Elle observe la douleur des femmes autour d’elle d’être privées de leurs enfants, et tente de comprendre sa mère. (d’après op. cit. p. 99)

          A la strophe 3, l'auteur dit : « meinen Platz bei der MUtter - Ma place près de la mère. » En fait, il faut traduire « près de ma mère», car en allemand on parle de son père et sa mère avec l'article, et non avec l'adjectif possessif. C'est une construction ancienne où le possessif s'exprimait par l'article, en même temps qu'une marque de respect et de distance avec les parents. Cette manière remonte à l'époque où le pater familias avait droit sur ses enfants, même de mort. La relation restait donc en partie distante et respectueuse, malgré l'affection parentale et filiale.       

 

 

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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