« Pasteur Yves Kéler, retraité de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg d'Alsace
et de Lorraine (ECAAL)/Union des Eglises Protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL)
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*1939 - † 2018

 

LITT KZRav 088 JE NE SAIS PAS T’ENVOYER PLUS Ich weiss nicht mehr an dich zu richten

 

 

 

 

 

 

JE NE SAIS PAS T’ENVOYER PLUS

Ich weiss nicht mehr an dich zu richten

polonais

 

 

       

 

1. Je ne sais pas t’envoyer plus, ces mots

             remplis d’amour.

    Je ne peux plus te les adresser, doux ou

             chaleureux.

    Mon cœur est blessé, il est devenu sec,

    Plus tard peut-être il guérira, quand je            

             t’enlacerai silencieuse.

   

2. Maintenant regarde, mes mains sont les

    mêmes, qui t’ont jadis arraché à la mort

    dans la plus grave maladie

    Et t’ont protégé comme des ailes de toute

             détresse.

    Regarde, mon fils, aujourd’hui te fait face

             le travail de mes mains.

 

3. Je t’ai porté sur les mains, dans les nuits

             sombres,

    Avec elles j’ai réussi à tarir tes larmes,

   

Je te berçais dans tes rêves, ensoleillés

             comme un conte,

    Et je faisais sur ton front le signe de croix

             protecteur.


4. Et maintenant – grand Dieu, enlève-moi le

             terrible souci !

    La peur, terrible, sans frontière, qui me

             secoue comme une folie,

    Quand je suis des yeux mes mains noires

             et mobiles,

    Je pense, peut-être…mon fils, que j’ai

             nourri de mes mains la mort.

 

5. Comment puis-je t’appeler avec des mots

             d’amour, hélas,

    Quand mes propres mains méprisent mon

             cœur ?

    S’arracher le cœur et les mains – ce serait

             si simple,

    Car ils me sont étrangers et me font

             souffrir.

 

6. Le vent souffle derrière les murs et les             

             machines vrombissent,

    La tête éclate de douleur et penche si bas.

 

    Mon fils, que Dieu veuille te garder ! Mon

             fils unique,

    Tu vivras et tu te chargeras de la

             vengeance.

 

7. Ecoute, si je ne reviens pas, oublie

    Que tu restes triste et seul dans les  

             décombres et la cendre.

    Ne plains pas mon cœur, ni la tendresse

    Mais venge mes mains, qui doivent

             aujourd’hui s’abimer. 

   

 

8. Je ne veux pas pleurer, je ne peux pas,

             mais dans mon désespoir

    Je transforme mon tourment en foi

             puissante,

    Je te vois sur mon champ, dans le soleil,

             parmi les joueurs,

    Et je bénis de loin la force de tes bras.

 

 

1. Ich weiss nicht mehr an dich zu richten,

 die liebevollen Worte.

Ich kann sie nicht mehr an dich richten,

             weder sanfte noch warme.

Mein wundes Herz, es verdorrte,

Später, vielleicht wird es heilen, wenn ich

             dich still umarme.

 

2. Jetzt schau - meine Hände sind die gleichen, die dich einst dem Tod

Entrissen in schwerster Krankheit

Und dich wie Flügel beschützten vor aller

             Not.

Schau, mein Sohn - heute ist gegen dich

             meiner Hände Arbeit.

 

3. Auf den Händen trug ich dich in dunklen

             Nächten,

Deine Tränen ich mit ihnen zum Versiegen

             brachte,

Ich wiegte dich in Träume, sonnig wie ein

             Märchen,

Und auf deine Stirn ich das schützende

             Kreuzzeichen machte.

 

4. Und jetzt - großer Gott, nimm von mir die

             schreckliche Sorge!

Die Furcht, schrecklich, ohne Grenzen, wie  

             ein Wahn mich erschüttert,

Wenn ich meine Hände schwarz und

             beweglich, verfolge,

Denke ich, vielleicht ... Mein Sohn! - der Tod wird mit diesen Händen gefuttert."?

 

5. Wie soll ich dich mit Worten der Liebe

             rufen, ach,

Wenn meine eigenen Hände verachten mein

             Herz?

Sich das Herz und die Hände auszureißen - es

             wäre so einfach,

Denn sie sind mir fremd und bereiten mir

             Schmerz.

 

6. Der Wind braust hinter den Mauern und

             die Maschinen dröhnen,

Der Kopf zerspringt vor Schmerzen und

             beugt sich so tief.

Mein Sohn, Gott möge dich beschützen!

             Mein einziger Sohn-

Du wirst leben und nimmst für alles die

             Vergeltung entgegen.

 

7. Höre! Wenn ich nicht zurückkehre, vergiss es

Dass du traurig und allein in Schutt und

             Asche bleibst.

Bedaure nicht mein Herz, auch nicht die

             Zärtlichkeit,

Aber nimm Rache für meine Hände, dass                 

             sie heute verderben müssen.

 

8. Weinen will ich nicht, ich kann nicht, aber

             in meiner Verzweiflung

Setze ich meine Qual in mächtigen Glauben

             um,

Ich sehe dich auf meinem Feld, in der Sonne,

             unter des Spielern,

Und segne die Kraft deiner Ärme aus der

             Ferne.

 

 

         Texte        Ich weiss nicht mehr an dich zu richten

                          auteur : Maria Rutkovska polonais

                          traduction de  p.

 

                      1. dans Europa im Kampf 1939-1944

                          Internationale Poesie aus dem

                          Frauenkonzentrationslager Ravensbrück, p.

                          Constanze Jeiser – Jakob David Pampuch éditeur

                          Metropol Verlag 2005 Berlin

 

                      2. dans Europa v boij, 1939-1944

                          contient les textes du 1er livre en langue originale

                          Metropol Verlag 2005 et 2009, Berlin

                          original : , p.

                          fr. : Yves Kéler Bischwiller

 

         Mélodie       sans mélodie

 

 

Le texte

         A la mi-1942 commença l’accroissement de la mise au travail des prisonniers dans l’industrie d’armement. De plus en plus la SS envoya les femmes dans des  «  Aussenkommando – Commandos extérieurs », où elles étaient logées dans des « Aussenlager – Camps extérieurs. » Ces camps passèrent souvent sous l’administration d’autres camps principaux. Dans la phase finale de la guerre, il y eut des douzaines de camps extérieurs du camp de femmes de Ravensbrück. Le « Siemens et Halske Konzern – Le trust Siemens et Halske » joua un rôle important, en installant ses halles directement à côté du camp.  

         Vu le besoin toujours plus important de personnel, le temps de travail augmenta fortement, passant de 8 heures par jour sur 6 jours à 11 heures sur 7 jours. Dans les derniers mois de la guerre, des journées de 12 heures devinrent la règle.

         Le travail pour l’armement plongeait les femmes dans un grand trouble, puisqu’elles travaillaient contre leur pays. Il y eut quelques sabotages. Mais les femmes considéraient leur travail comme de la trahison.

           Le poème de Maria Rutkowska naquit dans le camp extérieur de Neubrandenburg, et est dédié à toutes les mères, en particulier Klara Jezierska, qui fut exécutée pour sabotage. Maria Rutkowska écrit : « Le sort de Klara Jezierska attendait aussi Janina Pawlak. Pendant qu’elle était poussée par un chef à travailler plus vite, elle lui dit : « Personne n’a le droit de me forcer à ce travail. Les conventions internationales me protègent en tant que prisonnière politique. Elles doivent protéger chaque humain de vous. » Janina fut envoyée par la Gestapo au bâtiment des cellules. Avant que l’exécution puisse se faire, les SS abandonnèrent le camp en panique à cause de l’approche du front.

 (op. cit. p. 90 )

 

       

 

 Texte français en présentation normale

 

1. Je ne sais pas t’envoyer plus, ces mots remplis d’amour.

    Je ne peux plus te les adresser, doux ou chaleureux.

    Mon cœur blessé, il est devenu sec,

    Plus tard peut-être il guérira, quand je t’enlacerai silencieuse.

   

2. Maintenant regarde, mes mains sont les mêmes,

    Qui t’ont jadis arraché à la mort dans la plus grave maladie

    Et t’ont protégé comme des ailes de toute détresse.

    Regarde, mon fils, aujourd’hui te fait face le travail de mes mains.

 

3. Je t’ai porté sur les mains, dans les nuits sombres,

    Avec elles j’ai réussi à tarir tes larmes,

    Je te berçais dans tes rêves, ensoleillés comme un conte,

    Et je faisais sur ton front le signe de croix protecteur.

 

4. Et maintenant – grand Dieu, enlève-moi le terrible souci !

    La peur, terrible, sans frontière, qui me secoue comme une folie,

    Quand je suis des yeux mes mains noires et mobiles,

    Je pense, peut-être…mon fils, que j’ai nourri de mes mains la mort.

 

5. Comment puis-je t’appeler avec des mots d’amour, hélas,

    Quand mes propres mains méprisent mon cœur ?

    S’arracher le cœur et les mains – ce serait si simple,

    Car ils me sont étrangers et me font souffrir.

 

6. Le vent souffle derrière les murs et les machines vrombissent,

    La tête éclate de douleur et penche si bas.

    Mon fils, que Dieu veuille te garder ! Mon fils unique,

    Tu vivras et tu te chargeras de la vengeance.

 

7. Ecoute, si je ne reviens pas, oublie

    Que tu restes triste et seul dans les décombres et la cendre.

    Ne plains pas mon cœur, ni la tendresse

    Mais venge mes mains, qui doivent aujourd’hui s’abimer.  

   

8. Je ne veux pas pleurer, je ne peux pas, mais dans mon désespoir

    Je transforme mon tourment en foi puissante,

    Je te vois sur mon champ, dans le soleil, parmi les joueurs,

    Et je bénis de loin la force de tes bras.

 

 

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