- Détails
- Camp de Ravensbrück
|
LITT KZRavensbrück 091 MA PETITE CHERIE, A CE JOUR Mein liebes Kleines, heute, diesen Tag
MA PETITE CHERIE, A CE JOUR Mein liebes Kleines, heute, diesen Tag
Lettre à ma fille Félicie Mertens,1942,belge français
|
|
|
Texte original français
Ma petite chérie, à ce jour, J’ai vu tant de souffrance, oui, tant de soupirs, Que j’ai voulu un instant oublier Et j’ai écrit cette lettre Qui ne partira jamais…
Mais qu’importe, puisqu’en l’écrivant, Je t’ai revue, toi, mon enfant. En fermant les paupières, j’ai entendu Tes petits pieds courir sur le sentier. J’ai revu tes grands yeux, entendu ton rire clair.
Contre ma joue la soie de tes cheveux. Et passer dans mon être une douce chaleur . C’étaient tes petites mains qui caressaient mon cœur. Mon enfant sans ta mère ? Tu grandis loin de moi et je ne suis pas là, Hélas, pour diriger tes pas.
Mais je te fais confiance, tu es de bonne étoffe Car je me souviens que, lorsqu’on t’arracha Brutalement de mes bras, je t’ai dit : Ne pleure pas, petite, devant les hommes noirs !
Alors du revers de ta main, tu essuyas tes larmes En levant vers moi ton regard ! Et moi, devant ce geste, je dus me dominer. Je sentis mon cœur de mère dans ma poitrine trembler, Puis je t’ai dit : « Pars ! Cours chez nos amis, Et dis qu’on arrête ta mère ce matin. »
Disparaître au tournant du chemin. Pendant ce temps les brutes Sur mon visage guettaient l’émotion Que ton départ provoquerait, Mais ils en furent pour leurs frais, Je n’ai pas pleuré…
Ecoute, ô mon enfant, j’ai foi en l’avenir, Mais dans ce dur combat Il se pourrait aussi que je ne revienne pas. Tu dois alors, petite, ne jamais oublier, Et quand tu seras femme, faire ton devoir, Afin que de telles choses ne puissent se renouveler. je reviendrai et pas seule, Avec beaucoup d’autres mamans, Et nous rapporterons des cadeaux merveilleux Pour nos petits enfants, Le cœur de leur mère Et la liberté pour la classe ouvrière.
|
Traduction allemande
Mein liebes Kleines, heute, diesen Tag hab ich so viel Leid gesehen, ja, so viele Seufzer, dass ich, für einen Augenblick, vergessen wollte, und ich schreibe für Dich diesen Brief, der niemals hinausgeht ...
Aber was zählt: während ich ihn schreibe, seh* ich dich wieder, dich, mein Kind. Ich schließe meine Lider, ich hör deine kleinen Füße laufen über den Weg. Ich seh deine großen Augen, hör dein helles Lachen. Um meinen Hals spür ich deine frischen Arme, an meiner Wange die Seide deines Haars. Und durch mein Sein geht eine sanfte Wärme. Es sind deine kleinen Hände, die über mein Herz streicheln. Was tust du jetzt, zu dieser Stunde, mein Kind, ohne deine Mutter? Du wächst heran, so weit von mir, und ich bin leider nicht da, deine Schritte zu lenken.
Ich vertraue dir jedoch, du bist aus gutem Stoff. Denn ich erinnere mich: sobald sie dich brutal aus meinen Armen rissen, sagte ich zu dir: Weine nicht, Kleines, nicht vor diesen schwarzen** Männern! (finstern) Drauf du, mit dem Handrücken trocknest du dir deine Tränen und schaust dabei zu mir auf! Und ich, vor dieser Geste, musste mich beherrschen. Mein Mutterherz fühlte ich zittern in meiner Brust, als ich dir sagte: "Geh! Lauf zu unsern Freunden und sag: heut früh hat man deine Mutter verhaftet." Und ich hab, in tiefer Qual, deine schmächtige Silhouette verschwinden sehen, auf dem Weg. Währenddessen belauerten die Bestien mein Gesicht nach Gefühlen, die Dein Weggang provozierte. Doch auf ihre Kosten kamen sie nicht. Ich hab nicht geweint ... aber in diesem schweren Kampf kann es auch sein, dass ich nicht wiederkomme. Du darfst also, mein Kleines, niemals vergessen. Und wenn Du hau bist, tue was du musst, damit solche Dinge sich nie wieder ereignen.
Lass aber den Kopf nicht hängen, ich komme wieder, und nicht allein, mit vielen andern Mamas und wir bringen wundervolle Gaben für unsre kleinen Kinder: das Herz ihrer Mutter, und die Freiheit für die Arbeiterklasse!
* Da es sich um eine Vergegenwärtigung handelt, wird in der Übersetzung das Präsens benutzt, wenn das Kind visualisiert wird.
|
|
Texte Ma petite chérie, à ce jour auteur : Félicie Mertens, 1942, belge, traduction allemande de Elfriede Curza, p. 91
1. dans Europa im Kampf 1939-1944 Internationale Poesie aus dem Frauenkonzentrationslager Ravensbrück, p. 91 Constanze Jeiser – Jakob David Pampuch éditeur Metropol Verlag 2005 Berlin
2. dans Europa v boij, 1939-1944 contient les textes du 1er livre en langue originale Metropol Verlag 2005 et 2009, Berlin original : Ma petite chérie, à ce jour, p. 51
Mélodie pas indiquée
|
|
|
|
Le texte Félicie Mertens fait partie des 1000 femmes belges environ qui furent déportées à Ravensbrück à partir de 1942. Elle conçoit une lettre dont elle sait que les SS et la censure ne la laisseront pas passer. Au début est le vœu d’oublier un instant les souffrances du camp. Suit une vision corporelle de sa fille et des conditions de son arrestation. Ce n’est pas une fuite dans l’irréel, mais une source de force. Ni elle ni sa fille n’accorderont aux bourreaux le plaisir de jouir de leur souffrance. A la section 2 du poème, la traductrice a choisi de traduire les 2 verbes « je t’ai revue », au passé, par le présent, disant qu’il s’agit d’une actualisation dans la vision qui rend sa fille présentement visible. Les « hommes noirs » dont elle parle en français dans la 4e section sont les SS. la traductrice a mal compris et écrit « finstre Männer – des hommes sombres. » Félicie est communiste et fut arrêtée à cause de ses activités. La dernière ligne le dit : « la classe ouvrière - die Arbeiter Klasse. » (d’après op. cit., p. 93)
|
|
|









