GUERRES DE LIBERATION 1813
NE TE LAISSE PAS PRENDRE
Herz, lass dich nicht zerspalten
Theodor Körner , 4 juin 1813
1. Ne te laisse pas prendre
Par l’ ennemi rusé ;
Seul Dieu peut te défendre,
Le Dieu de liberté.
2. Le Furieux te menace :
Mais il n’atteint pas Dieu !
En toi le Seigneur place
La liberté des cieux.
3. Par le feu des souffrances
La mort l’a épurée ;
Des millions d’espérances
De leur sang l’ont payée.
4. Elle écrase son trône
Fait fondre aussi nos liens,
Et plante ainsi ses palmes
Dans l’Allemagne enfin.
5. Ne te laisse pas prendre
Par l’ennemi rusé ;
Seul Dieu peut te défendre,
Le Dieu de liberté.
Texte Herz, lass dich nicht zerspalten
Theodor Körner, 1791-26.8.1813
4.6.1813, après l’armistice de ce jour
fr. : Yves Kéler, 27.7.2010, Draguignan
dans Auswahl Deutscher Gedichte
für höhere Schulen
Theodor Echtermeyer
34. Auflage 1903 (1. 1836), 978 Seiten
Halle, Verlag des Waisenhauses
page 496
dans Auswahl Deutscher Gedichte
im Anschluss an die
Geschichte der deutschen National Literatur
von Professor Dr. Hermann Kluge
12. , verbesserte und vermehrte Auflage
mit zahlreichen Porträts in Holzschnitt
Altenburg, Verlag Oskar Bonde, 1908
page
Texte original
1. Herz ! lass dich nicht zerspalten
Durch Feindes List und Spott.
Gott wird es wohl verwalten:
Er ist der Freiheit Gott.
2. Lass nur, den Wütrich drohen
Dort reicht er nicht hinauf.
Einst bricht in heil’gen Lohen
Doch deine Freiheit auf.
3. Glimmend durch langen Schmerzen,
Hat sie der Tod verklärt,
Aus Millionen Herzen
Mit edlem Blut genährt.
4. Wird seinen Thron zermalmen,
Schmelzt deine Fesseln los
Und pflanzt die glüh’nden Palmen
Auf deutscher Helden Moos.
5. Drum lass dich nicht zerspalten
Durch Feindes List und Spott.
Gott wird es wohl verwalten:
Er ist der Freiheit Gott.
Le texte
Le poème fait allusion à une trêve signée le 4juin 1813, et a été composé juste après. L’auteur soupçonne l’ennemi, ici les Français, de vouloir ruser, probablement pour gagner du temps et troubler les Allemands (quel pays ?), et les mettre ainsi en difficulté.
Le Français est appelé « Feind », l’ennemi, à la strophe 1.dans le 2e strophe, il est appelé « Wütrich le furieux » (abréviation de « Wüterich »). En fait, il s’agit de Napoléon, qui veut monter au ciel, comme pour dicter à Dieu sa volonté. Mais il n’y atteint pas, et Dieu donne aux Allemands leur liberté, qui est, selon str. 1, un attribut de Dieu : « Er ist der Freiheit Gott – il est le Dieu de la liberté. »
Körner parle de son « trône », le trône impérial de Napoléon, qui sera « zermalmt – écrabouillé ». Cette expression renvoie probablement au trône de la Bête dans l’Apocalypse, qui sera détruit par Dieu. La Bête, symbole de la Rome impériale, conquérante et guerrière. Apocalypse 13/3 écrit : « Remplie d’admiration, la terre entière suivit la Bête ». Le verset 13/5 dit : « Il lui fut donné une bouche qui proférait des paroles arrogantes et des blasphèmes » : voir : « Lass nur den Wütrich drohen, Doch reicht er nicht hinauf – Laisse le Furieux menacer, mais il n’atteint pas Dieu là-haut). 13/7 : « Il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre » : les saints, ce sont les Allemands. Associée à la Bête, se trouve la Grande Prostituée, qui est probablement la Rome impériale, « ivre du sang des saints et des témoins de Jésus », Apoc. 17/ 6. La strophe 3 de Körner dit littéralement : « Feu couvant en de longues souffrances, La mort l’a purifiée (la liberté), Nourrie du noble sang De millions de cœurs. » Les guerres napoléoniennes ont fait de nombreux morts. Körner parle de « millions », ce qui est possible. Les batailles étaient des tueries de masse, sans parler des morts civiles. La seule année 1812 avait vu disparaître 400.000 soldats de toute l’Europe en Russie.
Le symbolisme religieux continue avec l’image des « palmes », à la strophe 4 : elles sont un symbole de paix, pris dans Matthieu 21/1-11, l’entrée de Jésus à Jérusalem. Le Sauveur est acclamé par le cri : »Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », c’est-à-dire de Dieu. La liberté, dont il s’agit ici, vient de Dieu, le « Gott der Freiheit – le Dieu de la liberté », et plante ses palmes brûlante dans le « sol mousseux des héros allemands ».
Cette liberté qui agit, c’est Dieu lui-même, sous forme d’une hypostase : str.1 : « Gott wird es wohl verwalten –Dieu conduira bien la chose. » Cette formule rappelle le votum d’entrée du culte luthérien : « Das walte Gott, Vater, Sohn und Heiliger Geist – Que Dieu mène (ce culte), le Père, le Fils et le Saint-Esprit .»
En même temps, ces symboles et cette idée de la liberté reprend la pensée des philosophes des lumières du XVIIIe Siècle, qui est une pensée rationnelle sur le contrat social, national et international. L’idéal républicain français de le liberté accordée à tous les hommes nés égaux en droit a té bafoué par la tyrannie napoléonienne. Les Allemands doivent reprendre cet idéal, et comprendre qu’il ne sort pas seulement de la raison humaine, mais aussi de la volonté divine. Ici se combine l’idéal protestant de liberté avec l’idéal rationaliste des XVIII e et XIX e Siècles. Avec la Restauration monarchique en 1815 et le Congrès de Vienne, ces idées seront en partie refoulées. Cela conduira aux Révolutions françaises de 1830 et 1848, et aux révoltes des libéraux allemands aux mêmes dates.









